En un matin de troublantes clartés, un promeneur égaré vit sortir d'un trou d'ombre un collier de serpents vivants. Mystérieuse créature qui, peut-être, avait vécu plusieurs existences parallèles sur Terre, ou dans un autre monde habité. Tandis qu'il l'observait, deux soleils traversèrent l'aube claire et projetèrent des étincelles d'âmes sur Alpha Centauri. Quelques instants plus tard, une rafale de vent glacé venue de la vallée d'ombre, balaya les surfaces rocheuses, ébouriffant les cheveux de l'homme au passage, et agitant les ténèbres d'un côté et d'autre de l'œil du jour.
Tournant la tête, l'homme aperçut tout à coup, toute l'image du feu initial qui scintillait sur les vagues.
-- L'endroit-où-l'on-brûle ?
Oui, fit le grand Être. Tu es dans l'étoile et l'étoile est en toi. Voici la lumière de ce qui devient chair.
-- Que voulez-vous dire ? demanda l'homme. Orion le baignait de soleils, lui posait dessus ses couleurs, l'embrassait une fois, puis une autre... et le transportait vers l'état de vie unitive du premier rayon de ses mains.
-- Ce que je veux dire, reprit le Maître des signes, c'est qu'il ne faut pas confondre l'antériorité et l'extériorité. Lorsque je vis pour la première fois la Cité de l'aube, ma première pensée fut : je deviens un souffle, un sang, une chair. Rien n'avait plus d'importance à mes yeux, que la planète Terre et, naturellement la pierre humaine.
Voilà qui était le plus étrange. La créature d'outre-espace possédait une paire d'ailes de la même couleur bleue que la Terre, fixée à ses flancs de soleil, et tout son corps irradiait des vents purs. L'homme, qui était un sculpteur de copàn, ouvrit le visage de l'image nouvelle ; il saisit ce qui paraissait être la peau de son flanc d'écaille et la déroula, révélant un collier de sept corps, à l'image des sept degrés de l'Univers. Un nouveau Dieu, à la fois serpent et oiseau, venait assurément de lui être révélé.
L'homme résolut, lui aussi, d'être à la fois un aigle, un serpent, une étoile, comme ceux du temps des pyramides de Téotihuacàn, qui déchiffrerait à son tour, quelque chose qui pourrait ressembler au monde caché de la surréalité, ou au poème intérieur de la nature. Il ouvrit alors les paupières sur les premières rosées, qui portaient vers la Voie Clarté. Une présence accoudée à la sienne l'écoutait du coin de l'âme, avec une curiosité qui semblait élargir la coque des espaces à la dimension d'un univers-île. Déjà, l'immense analogie universelle retombait sur les surfaces matinales en pluie d'étoiles. Ils seraient allés ensemble jusqu'aux galaxies les plus éloignées, en cette réception du rêve, où leur aube semblait passer par mille couleurs nichées dans des vaisseaux cosmiques.
Aux abords des confins
Dans l'univers des chants de l'île, la mer noue avec le ciel des relations d'être à être. Mais je constate qu'ici, c'est une faim de ce qu'il y a au-dessus du mystère de l'espace, que chaque étoile messagère s'enfuit très claire en barque noire, et que les mots sont inutiles, puisque les ailes du souverain Oiseau se sont resserrées comme pour mieux protéger son secret, comme si il craignait qu'il ne lui échappât.
Les secondes suivantes, je remarque que son nom est un pays d'une extrême transparence et que son histoire s'épanouit dans le sillage d'un mot magique, d'un mot mystique. De toutes les îles que j'ai vues ou imaginées, c'est la plus diasporisée, c'est le vent invisible qui l'a apportée !
Pourtant elle est là, partout présente, qui rayonne en aurores et communique avec moi, par les feuilles des grands arbres dans un langage rêvé, rempli à ras-bords d'amours de milliards de soleils vivants, signifiant des milliards de fois la vie.
En pareil cas, que peuvent faire les mots de l'espace ordinaire ? Que n'ont-ils fait pour venir en ce monde, et seulement reprendre les morceaux du miroir éclaté ? A peine le soleil est-il caché par les arbres, qu'il est plus brûlant dans les cœurs, avides et impatients de toucher au rivage de la protection souveraine.
Des mots couchés sur la mer
Ou filant parmi les vagues étincellent
Sur la crête blanche des images
Comme devinant mes pensées, une voix intérieure en forme de petite étoile, demande : Enfant-homme, quel est donc le secret qui te tourmente ? Je crois, lui dis-je tout à coup, que la mer dessine dans la terre le rêve d'un autre monde. Exactement le même que le mien. Et le mien est ouvrage du vent ou des pattes ou des chants ou des ailes des oiseaux, en allés sur des déserts pastels.
Je regarde soudain vers un point doré, situé au-dessus de la grand voile, en m'abritant les yeux de la main. Jamais encore je n'ai, dans la dimension où voyagent les oiseaux, rencontré ces splendeurs vertigineuses.
Loin, toujours plus loin. Vite, plus vite !
C'est dans cette mer happée par les voiles de mon île navigante, que j'entre, mêlé à tout un peuple d'oiseaux qui court, ailes ouvertes, dans la direction de l'astre le plus haut.
Le rivage de l'âme oiseau
Une seule inconnue : les mots sont-ils à rêver, ou déjà, sont-ils écrits ?
Le mot ne s'écrit pas pour le mot qu'il est, souffle la voix du rêve.
Moi : tu parles du mot enfermé dans ses lettres ?
Elle : le dessin des lettres suggère à lui seul une mystérieuse dualité : la couleur est en même temps le dessin.
Moi : dessous les forêts et les plages, il y a un infini d'espérance et je suis là, immergé dans ce bain de l'opposition dedans-dehors ! Et la question est celle-ci : changer de monde, mais comment ?
Elle : Comment ? Mais l'espace intérieur des mots, en cet instant, est la seule issue vers le rêve de l'être unique. L'Autre Monde a sa forêt et ses sources : les tiennes ! De signes en signes, le voyageur, tous les voyageurs l'atteindront, car rien n'existe qui est séparé de leur maison natale, blanche et nuit.
Blanche et nuit, en effet, j'ai l'impression que l'air, la lumière font un voyage dans les couleurs, mais quel est ce rêve, d'une heure blanche dans l'autre heure noire, où s'entendent les couleurs ?
Je m'aventure rarement aussi loin de ma chambre blanche dans la nuit, de sorte que je ne comprends pas pourquoi le mot Oiseau fait partie d'un dessin de ma chambre.
Elle : De toute façon, tu as prononcé le mot qui exprime métaphysiquement la part de mystère : Oiseau. C'est la réponse que j'attendais. La voix du rêve aurait peut-être ajouté autre chose mais, comme je me trouve encore à plusieurs centaines de mots-lumière du poème, il n'y a pour moi ni bond dans l'inconnu, ni sortie vers l'infini : il y a l'image statique, conventionnelle de l'objet que l'on prend familièrement par le cou.
Quel est ce joyau de vent accroché à la chair orange de ces ailes bleues de pluie ? Est-ce une étoile vagabonde, prise dans une branche, ou bien un bout de lumière autour d'une seule image, d'un seul mot, dans un rapport de spiritualité intime, profond, essentiel ? la mer boit, du ciel, je la regarde être bleue, et puis, tout d'un coup, une promesse de voyages comme ce matin naissant...
Le vent, le grand vent gonflé de sable fait tourner le bleu sur le dessous inconnu et lumineux des nuages. Je vois ses intérieurs ! Les intérieurs du vent se glissent dans la peau du monde et versent leur bleu de glace dans les feux très secrets qu'ils irradient. Je vois l'espace libre entre les étoiles. Elles ont un guide secret, c'est une île volante !
Oui, c'est une île volante, murmure l'esprit souriant du lieu. Je ne peux pas en croire mes oreilles, mais je l'entends. Je pousse un soupir, respire une brume de mer et reprends ma méditation. Nul doute que le rivage, dans ce premier soleil, est le mien, mais il est moins physique, peut-être un soupçon plus azuré sur ce sable humide et lumineux.
C'est ainsi que la mer dessine ses îles. C'est encore un dessin mal fixé, un reflet qui se pose mal. Mais, déjà, il suffit d'effiler la pointe incandescente, pour se rendre compte qu'au bout de la mer, il y a le ciel ; ses affluents, ses lacs et toutes ses sources. Une relation intime s'établit entre le rivage de l'âme oiseau et les contours irréels des étranges constellations. A cette seconde même, je décide de la transformer en une expression matérielle.
Je m'arrête quelques secondes pour regarder les images
Et les signes d'une contrée mystérieuse
Et les signes d'une contrée mystérieuse
Dans le bruit du vent, le langage des rochers coule entre les arbres
Et je ne suis pas loin de penser que l'écho des rêves de la nuit
Parvient jusqu'à moi en langage elfique
Et je ne suis pas loin de penser que l'écho des rêves de la nuit
Parvient jusqu'à moi en langage elfique
L'essentiel à mes yeux devient le lien entre cette architecture végétale et l'acte magique de la couleur. Rares sont désormais les horizons qui ne me parlent pas, par la médiation d'écritures secrètes. Je me sens à la fois lié, rapproché et transporté en un instant vers des destinations étranges, comme si je venais d'être enlevé vers l'île promise de la forêt dans l'espace.
Oui, sous cette apparence, il y a autre chose : la forêt est une découverte émerveillée comme la mer matricielle.
Mais il s'agit d'un monde beaucoup plus inattendu. toujours serré dans le bleu céleste.
Ainsi, la nature de cette feuille sur la branche est de se rapporter à la claire lumière de l'antériorité.
Toutes les entrées découvertes s'inscrivent dans la lignée de toutes les entrées à découvrir. Quelles sont-elles ? Où vont-elles ? Des monts bleus entourent un commencement de libre nature, de tous côtés. Avant tout, franchir l'anneau de verdure. La face intérieure de l'île garde l'entrée du monde souterrain. Ce qui est certain, cependant, c'est que mon imagination s'est fixée sur les vagues de la forêt, où naît un mélange intime de bleu et de vert.
Sans doute, il y a quelque chose de l'ordre de la rupture, dans l'importance symbolique de cet ailleurs, de ce bond mystique hors des limites. L'île secrète et personnelle, que chacun porte en soi, traverse une succession de mondes inconnus. Et je sais bien ce que les voix de mes étoiles à naître redoutent le plus : déjà, la forme inscrite est sortie du songe, remontée au jour.
Ce que nous comprenons, ou ne comprenons pas, est lié à la nostalgie d'un autre monde, par un cordon ombilical subtil. En toute sincérité, je le répète, le seul lien qui existe est celui qui relie l'enfant à sa mère. La caverne natale, c'est ça l'important. Il faut transhumer vers la patrie originelle.
Tous les dessins du ciel me reviennent avec leurs formes en liberté, telles qu'en fait le vent. Et je retrouve des sensations prénatales, le plus profondément et le plus naturellement prêtes à la création imaginaire, à la soif d'éternité.
Sait- il au moins, l'enfant dans l'homme,
d'où il vient ce lointain intérieur
et quel est le visage de sa voyageuse secrète ?
d'où il vient ce lointain intérieur
et quel est le visage de sa voyageuse secrète ?
La nostalgie de la surface maternelle marque le point d'où s'élancent les imaginaires et où s'arrête le rationnel.
Ce qui manque autour de ce bleu, pour que je puisse le toucher, c'est le souffle imperceptible d'une légère lueur, quelque chose comme le goût d'une île à l'intérieur d'une autre île. Lumineuse. Vraie.
Ce que je sais est ceci : s'il y a d'un côté les lettres blanches et de l'autre, seulement des lettres noires, il n'y a qu'un seul renversement profond : celui qui préexiste à l'écriture blanche de lumière et non l'inverse.
Toujours plus pur doit être le fond blanc
Qui unit à la fois le visible et l'invisible
Qui unit à la fois le visible et l'invisible
La joie du geste extrêmement sensible, extrêmement individuelle épouse la face maternelle des mots.
Un rectangle de papier blanc s'accorde si bien a ce que l'on a individuellement d'unique.
Et puis, étonnement. A mesure que j'avance, cette voix reflète dans son image extérieure une lumière venue des sables de la mer, et son accent brille comme le ciel et illumine comme le feu. On dirait qu'une couleur liquide, puis d'autres tout autres, des losanges de diamant, ont été déposés au fond de mes yeux, pour y devenir le lieu de rendez-vous de myriades d'étoiles. Comment puis-je en douter ? Il suffit, pour entrer dans cette île aux mille signes, de dépasser l'opposition immédiat/éternel. C'est de la transmuer qu'il importe, comme on transmue une île couleur de temps en l'autre, éclairée.
Durant quelques secondes, l'étoile est restée sur l'île. Je l'ai regardée scintiller, jeune et jolie, dans sa transparence liquide, île et étoile, toute pareille à une création de yeux et j'y ai ouverts grands mes rêves et mes yeux.
Mes yeux ? Plus que ça. J'aime imaginer dans cette écume verte de l'aube, un flux lumineux, qui pourrait être l'entrée dans le non visible.
L'île est créatrice d'étoile comme le nouveau né est créateur de mère.
Mes yeux ? Plus que ça. J'aime imaginer dans cette écume verte de l'aube, un flux lumineux, qui pourrait être l'entrée dans le non visible.
L'île est créatrice d'étoile comme le nouveau né est créateur de mère.
Un Passeur de ciels en ciels a fait son apparition. Il est Celui qui vient du Père préexistant, Celui qui est un fils dans le Préexistant. C'est au-dedans de nous qu'il voit et entend l'éternel. Mais à côté de ce Dieu unique à la fois père et mère de tous les êtres vivants, les dieux sont aussi nombreux que les sources, les fleuves et les fontaines qui irriguent le monde.
C'est pourquoi il ne faut pas rompre le splendide isolement des esprits protecteurs de la forêt. Car la dimension métaphysique de l'existence est surtout due à la reconnaissance de cette antique religion de la nature, dont la forêt initiatique était la seule, l'unique et vraie église. Nous appartenons à la nature, nous formons un tout avec les éléments.
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