Dans les allées froides du petit jour,
une ombre bleue rôde, ornée toujours de la même pâleur.
Quand je me mets à lui frayer un chemin, elle n'est qu'amour au-dedans de moi.
Tout au fond de moi, sa désespérance est la mienne.
Je vois la trop grande solitude des mots d'amour.
Je vois le temps noir d'un vagabond sublime en rupture de tout.
Je vois le temps de liberté profané.
Dans les allées froides du petit jour,
Je vois le point d'ancrage du soleil glacé dicté par les mots du dehors.
Je vois une source de lumière rongée par les longues nuits d'attente.
Si j'avais au départ une nébuleuse assez précise, j'ai dû constamment improviser. J'ai longtemps regardé ma feuille de voyage avant de trouver le chemin dans l'écriture. Par un ciel d'encre, j'ai aperçu de minuscules cristaux tournant en rond dans l'espace. Avais- je la moindre chance de retrouver la trace de l'émerveillement infini ?
Il y a d'abord cette course de ville en ville, jusqu'à l'autre bord de la nuit brûleuse de soleils. Les paroles de révolte font des révolutions, les paroles d'amour font de la lumière. Il y a là, une douce nostalgie de toutes nos relations horizontales, invitées à survoler, à bondir sur l'infini, avec dans ses bagages, toutes les noces alchimiques qui existent, ou ce qu'il en reste à la surface de la terre. Et l'anarchie se révèle être, parmi les soulèvements spontanés, l'élément constant de l'expression de la libération et, par conséquent de l'amour.
Entendez-vous le hurlement du démon, saisi par le rêve pur de ce monde ? Mais les cités sont peu préparées à lui faire face. L'essentiel, le sacré c'est d'aimer. Pour le reste, que voyons-nous dans le ciel ? Je vois la lettre perdue d'un mot effacé. Quand on est dans l'infiniment tendre, dans le goût de sa bouche, on sait que l'horreur sacrée de la mort est là. Le grand souffle trop pur de l'enfance s'enfuit vers des ciels troublés. Tout est donc parti de ce premier regard vers le ciel implacable.
Oui tout est là : dans cette peur de l'éphémère, de la limitation et de l'isolement. Mais ce n'était pas seulement le seul objectif du Grand Invisible. Il voulait aller plus loin, saisir la suppliante horreur de nos vies. Ce déchirement est constamment présent dans la nuit, toute pénétrée de lumière nue et froide. Au centre de la nuit pénétrante est le noir merveilleux de douleur, dans lequel sont figurées les larmes des femmes. Les voix enfantines brisées sont là, aussi, pour rappeler la triste limpidité des eaux profondes.
L'image trouble de soi-même nous promet à la sortie l'effondrement du champ nuptial, au fil des petites morts. Son inscription dans le temps et l'espace, se nourrit de trajectoires et de turbulences d'étoiles. D'une certaine façon, toute la souffrance du poème se confond avec ce long corps allongé (à mêmes paroles, mêmes formes). C'est ce qui nous survivra au bout de quelques chemins désenchantés.
Je n'ai pas envie de faire autre chose que plier ce poème en deux, et de le ranger au fond de ma poche intérieure gauche, loin, très loin dans mes grottes souterraines. La lune navigue vers son île de silence. C'est là que l'on repère le mieux ses lignes descendantes et sa profondeur imaginaire. C'est elle, que les naufragés du désir ont toujours voulu rejoindre. Pourquoi ? Parce qu'elle ne se décrète pas, parce qu'elle ne se fabrique pas.
Esquisses
L'or végétal ne peut être saisi
Que dans les interstices
Des premières formes du matin
La venue à l'être, c'est ce qu'on nomme.
L'erreur consiste à vouloir replier la réalité
Au rang de simple apparence
Dans laquelle ne feraient plus apparition
Les autres réalités
Toute explication du monde arrête l'idée du monde
Ailleurs commence ici
Jusqu'au plus secret du secret des étoiles
La réflexion, c'est l'idée de l'idée
La vérité, c'est la recherche de la vérité
Toute juxtaposition violente est faite de ruptures et de convergences
Le conflit de l'interne et de l'externe créera quelque chose
Le sensible dépasse le sensible au cœur même du sensible
Le passage des vents se situe au carrefour exact
De la rive nocturne songes et de l'aurore naissante des regards
Dans un cercle de craie
J'inscris tous les regards de tes yeux
La prolifération des traces, des marques, des signes
Résulte de l'expression de multiples éclats de souvenirs
L'empreint humaine sur cette terre ne représente
Qu'une participation passagère à la multitude de mystères du monde
Le monde en est toujours à son commencement
Chaque homme est le premier homme
Qui n'a rêvé de descendre dans le Grand Bleu
Pour en filmer le chant, la musique
C'est là que des animaux sous forme de fleurs
Réveillent la trace endormie d'une Atlantide de rêve
Il existe un goût de la pleine mer
Plaqué sur la chair vibrante de la forêt
Nous partions dans les chemins et les sentiers de l'innocence, tu te rappelles ?
S'il soufflait des présences glacées, une voix minuscule se nichait dans le creux
Entre les cris aigus du vent et notre chair orange
Je laisse errer mon regard sur l'horizon nocturne
Derrière moi, la forêt s'emplit de mythes et de légendes
Les peintures des cavernes donnent à voir l'extériorité transcendante.
De quoi s'enfuir dans l'obscurité lumineuse de Tau Ceti.
Mais ce n'est pas elle, c'est une autre source de lumière.
Ce qui apparaît dans l'image n'est encore qu'un reflet de quelques traces de bien d'autres mondes laissées aux murs de grottes.
Ici réapparaît la grande et pure lumière des régions lointaines. Vient-elle de l'intérieur de la terre ? De notre futur ou du plus profond de notre imagination ? Qui, si ce n'est elle, peut révéler les secrets de la présence universelle de la matière et de l'esprit ?
J'ai longtemps gardé la conviction que le point d'inconnaissance n'était jamais redescendu du ciel, qu'il était né d'un vent plus pur resté vierge. Les hommes de mon royaume devaient tous croire en quelque chose, car là où ils allaient, tout leur serait complètement révélé.
Il existe des réalités plus profondes et radicalement différentes, qui se cachent sous les apparences. Or, le côté spirituel du monde ne doit pas sacrifier la substance sensible des êtres. La pierre précieuse de l'autre monde se prépare à l'existence terrestre. Cette image sublime, elle existe. C'est elle le centre, le point de source. C'est le commencement qui contient tous les commencements.
Le contact doux d'une plume change le regard sur le monde.
Il faut se tenir au-delà des apparences
Et laisser passer à travers nous
Le regard d'un univers plus secret
Les pierres utilisent déjà une couleur pure et brillante de la lumière pour instruire les hommes. Nous pourrons un jour distinguer les dessins de nuages et de vent les plus clairs.
Tout me portait à savoir
Quand, où, comment
Voyager l'enfance du monde
Dessiner quelque chose
De l'étoile, de l'île
Et du cri des vagues
Je ne sais rien
Je prends
J'ouvre
Et puis j'existe
Loin et seul
Tu veux que je te parle de cela ?
Tout est joué
Rien n'est réversible
Je suis pris
Je ne peux plus leur échapper
Je vais devenir grand
Nul n'échappe à ses immensités, à ce besoin d'être enveloppé de bleus, qui nous vient en naissant pour rendre une vision de la terre, pour témoigner du ciel et de la mer, prendre nom et prénom de clarté.
Il y a beaucoup d'autres terres dans le ciel
Mais il n'y a qu'un seul cœur humain au monde
Rayonnant d'un intense sentiment cosmique
Je ne désire pas opposer deux formes de mondes
L'un matériel, l'autre spirituel
Je pense au contraire qu'il s'agit d'établir des rapports
Je crois que le tout de l'homme, son impulsion créatrice, a besoin
De se ressourcer sans cesse dans le tout de l'Incréé
Dans l'épreuve de l'ombre est l'épreuve du feu
Et dans l'épreuve du feu est l'épreuve de l'ombre
Il est certain que le monde de la machine et de l'aliénation exclut radicalement le monde du mystère primitif. De sortes que les traces maternelles, s'il y en avait, ont été brouillées par les siennes.
L'existence agissante des esprits de la forêt, de l'océan, des rivières
Ou de chaque espèce animale relève d'une autre dimension de l'espace et du temps
Si cela est réellement, quel retour avons-nous reçu à l'intérieur de nous-même
Quelle rencontre, quel appel ?
Les plus anciens êtres vivants ont traversé un royaume mythique
Et ils reviennent à leur point de départ. Nous les cherchons, ils ont disparu !
La nostalgie de la surface maternelle marque le point
D'où s'élancent les imaginaires
Et où s'arrête le rationnel
Ainsi se dessine lentement tout autour de l'autonomie du vivant et de l'auto-organisation de la nature, un pays d'eau et de verdure d'une extrême transparence.
J'ai ainsi la preuve que ma première intuition ne m'a pas trompé.
Il devient particulièrement évident que de la vie intime et la plus secrète de la matière, remonte le vert parfum de cette interpénétration du dehors et du dedans.
Un autre monde prend vie et forme dans le monde. Se pose alors la question de l'intervention des rythmes venus de l'extérieur. Ce sont d'authentiques formes de l'air vivant, et pourtant ils ont de nombreux visages et il n'y en a pas deux exactement de la même forme ni de la même couleur. De quelle autre réalité notre univers est-il l'expression en miroir ?
La cohésion disparue de l'humain et du divin échappe totalement à l'ordre rationnel du monde technologique.
Tous les êtres rentreront finalement dans le sein maternel de l'Incréé
Partis de l'espace matriciel, tous retourneront à sa concavité
La lumière du lac communique avec les profondeurs
Le cercle enchanté s'ouvre à nouveau
L'étoile qui traversait le ciel s'est arrêtée
Au-dessus du lac, où l'attendaient les palais dormants
A l'origine, il y a la rencontre entre une voix venue de l'espace et un point noir profond.
Les impressions de mains rouges qui se répètent à l'infini sur les parois des cavernes, habitent des cathédrales intimement liées à l'état de soleil et à celui de galaxie.
Où sommes-nous exactement ? Il y a trois possibilités : dans l'éveil d'un mouvement, dans la présence d'une lumière ou dans l'ouverture d'un son. Mais cela soulève un second problème. Notre île entourée par les ciels navigue vers où ? Pourquoi nous presse-t-on de rejoindre le troupeau des étoiles ? Nous n'arriverons jamais à rien si nous ne savons pas nous servir de nos ailes.
Je parcours des yeux ce moment entre ciel et eau
Où se dessine plusieurs fois l'histoire de nos ombres groupées sur la terre
Les enfants perdus de l'Ancien Monde sont les vrais fils de la lumière marine ou lacustre.
Ce monde combine en un éclair de temps les respirations d'herbe et d'eau avec le feu d'une colonne lumineuse.
L'essentiel est moins de changer le monde que d'apprendre à venir au monde.
Le vrai cheminement s'accomplit en nous-même.
C'est aux hommes de bâtir le ciel.
Ce frémissement d'ailes est-il seulement visible du ciel ?
Dans ces moments-là, les fenêtres obliques de l'espace ne le disent jamais
Le lieu idéal est indéfinissable.
La musique de feu d'une image n'existe que par rapport à l'invention d'un fil de lumière à la nuit la nuit, à la rencontre la rencontre.
La liberté cosmique n'a pas de certitude, de limite.
L'erreur consiste à privilégier l'axe, la symétrie contre la création-invention.
Par un matin de rêve, l'étrange inconnue au beau langage débarqua dans les champs d'azur, tout à l'opposé du reconnaissable. Derrière cette réalité, avait-elle dit, il y a la trace d'autre chose. A peine l'image première de la lumière est-elle cachée par les arbres, qu'elle est plus brûlante dans l'expression d'un avant quelque chose.
L'image d'elle est venue tout droit vers moi. Elle a enfoui son temps intérieur dans le mien. Et nous nous sommes aimés d'enfance.
La vie est coupée en deux. Cet objet-là, c'est celui de la surface. Il reste qu'une information matricielle émane d'un plérôme de rêve, ou d'une contrée d'étoiles. Le monde a besoin d'un lien corporel avec l'infini si totalement et merveilleusement silencieux.
Il y a une liaison étroite entre le visuel des nuages et l'écho secret du vent et des étoiles.
Dans la tête et dans l'espoir des hommes de l'enfance, la course des nuages se laisse davantage saisir à travers la capacité créatrice des rêves.
C'est l'instant où il ne s'agit que de rompre l'attente du mot dans le son, du son dans le mot.
Qui n'a rêvé de partager ses secrets, son mystère ?
Le monde mécaniste ordonné n'est pas l'endroit pour s'arrêter. L'important est ailleurs.
Il n'y a pas de définition, il y a la liberté. Mieux : chacun est essentiel à l'autre.
La recherche de la réalité personnelle peut et doit naître partout et soudain.
Le temps de la parole a commencé. C'est là que réside l'esprit de la vie.
la solitude de l'enfance est créatrice de quelque chose de neuf qui n'a jamais existé.
Les cheveux libres de l'enfance brillent dans le soleil non débarbouillé des mots.
L'écriture fige la pensée. On peut tout enfermer dans l'écrit statique, sauf la mer blanche des images, où l'on frôle une ombre soudaine de l'invisible.
Toujours être capable de quelque chose qui n'a pas encore de mot.
On ne doit pas savoir ce que l'image veut que l'on voit d'elle.
Le vent d'hiver se hâte.
C'est lui qui habille de murmures
cette terre par les couleurs du blanc.
Les couleurs parlent et se parlent.
Les mythes effleurent le cri d'un autre soleil.
Le Haut se pencha vers le Bas en plongeant son regard dans le sien. Et la nuit spirituelle guida les grands courants d'étoiles vers cette odeur de vent et de planète.
Dans l'entrecroisement des lignes du temps, le lieu étreint son ombre fantôme.
Je caresse ce sable et c'est le matin de mon rêve que je touche. Les mondes du dedans et du dehors ne sont séparés que par une mince membrane.
Là où il y a une écriture de l'inconnu, de l'irreprésentable, il y a un trait de lumière qui a transpercé la toile de la nuit.
Un autre discernement s'est inscrit dans tous les lieux, et il a le don de métamorphose.
Le paysage croit dessiner un visage, mais c'est le visage qui le dessine. C'est aussi la preuve que la communication fusionnelle existe, se propage et a toute sa vérité en art.
Tout est dans la ronde des nuages, dans une seule ronde des nuages : celle qui voyage dans le vent comme une musique de l'aube.
Le voyageur croit choisir sa route, c'est elle qui le choisit, qui le reprend en elle, dans un long, infiniment long processus de dédoublement.
Le point d'origine est-il une naissance ou une création ? Pourquoi cette planète, plutôt qu'une autre ? On peut multiplier les questions à l'infini.
La membrane rocheuse de la grotte-ventre était l'enveloppe de beauté par laquelle les hommes de l'enfance définissaient les liens qui les unissaient à l'Autre Monde. Le rêve de vie éternelle ouvrait à leurs yeux des peintures sur des falaises ou dans des grottes dont nous ne savons rien.
L'eau est le refuge permanent de la vie.
Lorsque le ciel et la terre seront brusquement arrachés l'un à l'autre, et que la dernière île de la dernière mer refermera les dessins du ciel sur elle, il n'y aura pas d'autre vérité qu'un être mi- humain, mi- autre chose, condamné à rechercher le secret de ce que fut sa vie.
Les enfants perdus de l'Ancien Monde ont fait rêver un peuple d'étoiles. Le rouge actif des signes-dessins captait mieux le cœur et l'esprit sur la chair humide de la grotte. La forêt était leur église, son âme parlait à leur âme une langue secrète. C'est ici qu'on écoutait, qu'on échangeait et qu'on redécouvrait l'esprit enfoui dans la matière. Qui donc ranimera le souffle, l'inspiration, l'esprit de la forêt originelle ? Le feu brillant et noir des grottes souterraines a emporté le secret de cette parenté de l'homme avec les pierres, les arbres, les animaux.
Toute cette vie inconnue fermée dans ce corps injecte dans notre ciel de naissance le mystère total de la vie et de la mort.
L'objet poétique et artistique est l'expression sous une forme concrète d'une vision, d'une spiritualité ou d'une idée.
L'artiste, s'il veut donner forme à une idée, sentira d'emblée que le rêve dans sa matérialité passe par l'objet photographié, peint ou sculpté.
L'artiste plasticien rapproche l'intérieur de l'extérieur, et le visage de l'image qu'il a donné à l'idée matérialise l'imaginaire. Ce qu'il peut créer est illimité : coïncidence de l'illumination de l'étoile et de l'étoile qui illumine.
Il y a interrelation intérieur/extérieur. La conjonction dedans/dehors peut ainsi reconduire l'image présente vers une activité subjective parmi l'ombre des rêves, là haut.
C'est exactement ce qu'exprime cette tentative, pour un artiste, de concilier l'intériorité (la justification) avec la possibilité de vivre (le commencement).
Il lui faut désormais débusquer le lien invisible qui relie les deux côtés du monde.
Celui qui aime tous les arbres à travers l'Arbre de vie, aime infiniment plus chacun de ces arbres, que celui qui n'en aime qu'un seul. Une piste ascendante lui a fait entrevoir, derrière l'écorce superficielle, une possibilité de rejoindre le concret pour un nouveau départ.
Nous nous sommes enfoncés dans l'espace impalpable d'un horizon gris cendre avant de nous reconnaître parmi les arbres. Le pur dessin des nuages s'est ému de toutes les directions de notre langage vers le sien. Alors nous nous sommes enfouis dans ses rêveries. Nous guettions l'instant idéal où se produirait le bond du grain de sable ou de la goutte d'eau vers le langage de l'amour. Il nous fallait prolonger sa présence dans l'union à la terre, aux vents et aux étoiles.
Les notions de distance et d'écoute établissent un dialogue
En va-et-vient entre le tout près voilé et le très loin dévoilé
La délivrance dans l'évasion peut changer les images du monde à l'infini.
La beauté prend vie et forme à partir de toutes les potentialités en latence.
Tout ce qui touche au dehors et fait trace
Vit et vivra au ciel, ou même peut-être ailleurs
A travers deux cent cinquante mondes
Du fond de cette île merveilleuse des Anciens, je me prends à imaginer la traversée de l'Autre Monde où règne l'éternelle jeunesse. C'est elle qui retient de très loin, de très profond à l'orient de la forêt, ce cri primitif de la naissance. Dans une longue dérive jusqu'au bout de la nuit, je traque ses dernières traces de matérialité.
Être vivant selon la nature, c'est naître pour mourir. C'est vrai et c'est faux, c'est faux et c'est vrai. La vie naît de la mort, mais l'union de l'homme et du monde est multiple. La mort permet la naissance éternelle.
Si l'origine est une Déesse mère des commencements, et si le terme aboutit à cette grande Attractrice, tous les êtres créés se résorberont ainsi finalement en leur Mère de vie universelle. La mort pour toute l'humanité sera un retour au sein maternel de la Divinité.
La question de la renaissance de l'être humain placé entre la vie et la mort, la terre et le ciel, le sensible et l'intelligible, demeurera sans réponse, aussi longtemps qu'il n'y aura pas d'harmonie entre le rêve et le corps.
Il y a deux sortes d'univers irréconciliables. L'un révèle un commencement et l'autre, une opération. Le premier choisit l'ouverture des sources par l'approche poétique, la légende, la quête, tandis que le second interrompt le rêve et ferme l'entrée de la vie par l'autorité des visages et la contrainte des regards.
Mais à y regarder de près, l'homme vit aujourd'hui dans une vie rétrécie, incomplète.
La révélation du divin sur la terre est antérieure à la révélation chrétienne d'un monde nouveau.
L'un croit au ciel, l'autre n'y croit pas
Mais il y a l'idée de la mer entre eux
La mer du monde est un laboratoire d'idées
Ceux qui aiment le pouvoir deviennent ce qu'ils sont : des colonisateurs
Ceux qui ne l'aiment pas sont ce qu'ils deviennent : des découvreurs
Il suffit de presque rien, peut-être un bruit d'ailes pour qu'une étoile prise dans une branche, vive de façon collatérale avec nous sur le même plan. Le passage d'un monde à l'autre ne se place pas parmi les étoiles très haut dans le ciel.
Rien n'est plus mensonger que l'œil de l'objectivation
Ici et là des mots mais point de langage
Ou un langage mais point de mots
Faut-il chercher le vrai dans l'image ?
Les géomètres disent non
Malgré vous, leur répondent les poètes
Les symboles orthographiques véhiculent une sorte de magie
La vérité ne se trouve que dans les poèmes
J'ai le pressentiment d'une région nouvelle
Je caresse le sable des mots et c'est une île-corps que je touche
La lumière est immatérielle, sans forme
Comment la transformer en une expression matérielle ?
La seule chose qui soit véritablement importante
C'est la rencontre entre cœur et image
Pour qu'il y ait accord de la main et du regard
Il faut d'abord trouver individuellement son vocabulaire formel. Toute expérience personnelle véritable suppose une liberté d'interprétation absolue de tout ce qui est encore à faire et non à refaire. Seul l'esprit de liberté peut éveiller, provoquer ou susciter une personnalité artistique originale.
Et cette réplique en plus petit constitue un départ de la chaîne
La forme est immanente à la matière
Et j'accède à la couleur de l'objet selon un langage
Nous avons donné le nom de forêt à un oracle du vert
Qui se révèle plus haut que notre intention esthétique
Chacun construit sa propre spiritualité, qui n'est rien d'autre que la vie de l'esprit en lui.
D'un esprit du lieu à l'autre
Je fus conduit à l'esprit de la Terre
D'un poème à la Barque du poème
Quelque chose d'indéfini dans l'être des choses n'a jamais cessé de mettre en avant l'importance des surfaces rocheuses. Il semblerait qu'une sensibilité réceptive affleure sous la surface. Est-ce le monde surnaturel des profondeurs ?
Qui pénètre encore aujourd'hui l'art des grottes profondes ?
Il n'y a plus de région, plus d'accord.
Repartir d'où ? Repartir comment ?
Je ne sais plus d'où je viens
Donc je vais nulle part
Que sont devenus tous ceux qui cherchaient, entre deux jours de pluie, les îles bleutées de l'archipel anténatal ? D'abord dans les forêts et au sommet des montagnes, puis peut-être dans les enchantements d'un royaume étrange. Nous ne savons pas où se trouve le lieu de l'émergence. Dans des forêts d'algues sous-marines ou bien dans de lointaines galaxies ?
La hantise du monde extérieur peut être comparée à une île de quelque océan lointain,
qui désespérément navigue seule là où habite l'absence.
Le reconnaissable n'est pas un moyen de recherche.
Les voies mystérieuses de la nuit se sont aménagées une aire de rêve, un espace transitionnel de poésie.
Le voyage intérieur est associé à l'infini imaginaire, à l'espace de l'innommé
Les arbres, les sources, les ruisseaux, les grottes et les montagnes ne sont pas simplement "posés" sur la Terre. Tandis qu'un vol de cygnes effleure le cri d'un soleil, nous ignorons tout de la force vitale de cette pluie ensoleillée. L'esprit universel agit par l'eau et par les plantes, par l'air et par le feu et aussi par toutes les espèces.
Nous devons tous, sans plus de délai, nous rapprocher de la pierre,
des plantes, des animaux.
Nos jardins sont dans les arbres de la parole
La libre croyance naturelle n'a pas d'autre origine
Je parle indistinctement de l'absence et du retour.
Il s'agit d'extraire de cette vie les êtres avec lesquels on est fait pour s'entendre.
Les routes affamées de liberté
Sont mues par le courant du mouvement
C'est ainsi depuis toujours et pour toujours
Commençons par la région où vivre
Un accord total entre le paysage, le soleil, le ciel
Le Monde sans l'Autre ne respire pas, il n'a pas d'Être.
L'homme a besoin d'un éternel, d'un transcendant, non pas sans corps et sans forme, mais bien ancré dans la chair du monde. La transcendance verticale n'est rien d'autre qu'un monde-sans-monde.
L'Autre est tout autre
Mais il n'existe pas en secret, ailleurs
Il prend forme dans le corps
La Nature est le Grand Corps de l'Incréé.
Les heures fraîches de l'aube m'ont tellement habitué à la présence d'êtres féériques,
que le système des adultes me paraît encore étrange.
Si on laissait entrer les mots dans les images et si on laissait entrer les poèmes dans les objets, il est probable que plus personne ne pourrait ignorer le mythe de la forêt préhistorique peuplé d'êtres fantastiques. Le temps est loin cependant où le fabuleux se mêlait au réel. Qui aujourd'hui fait appel à cette terre imaginaire ? Qui la laisse naître librement ?
Est-ce à dire que le dessin de la vie est obligé de se battre ? Assurément, puisque l'adulte ferme l'horizon naturel. L'enfant est une individualité et une liberté canalisées, domestiquées. Sinon muselées.
Pourquoi s'acharne-t-on à scinder l'esprit de la matière ? De quelle séparation, de quel exil s'agit-il ? Tout ne forme qu'unité, "en haut" et "en bas". Les choses visibles, naturellement nécessaires, n'ont de cesse d'être dépassées. Mais il faut le comprendre à la lumière d'une hiérarchie non pas superposée mais enveloppée.
L'unité originelle est fracturée et dénaturée, à cause de ce disparate inutile, qui entrave le mouvement de l'intériorité du monde vers l'extérieur. C'est là et nulle part ailleurs, que réside la contradiction fondamentale entre la source du matin et la chute des jours.
La fragmentation de l'être engendre le goût trouble du mal.
Nous sommes venus seulement pour recomposer les morceaux du miroir éclaté.
Il est possible de réveiller, de relever, d'exalter le couple ciel-mer.
Et en face de cette beauté somptueuse
Cette situation morcelée de l'être
Ensemble figé de matériaux épars
Chacun sait qu'il porte en lui la dualité du monde, mais c'est précisément cet état de division du monde qui a transporté en lui quelque chose. Avec un but, un seul : relier enfin le visible et le non visible. Expérience personnelle et vraie d'une vision panthéiste de l'univers.
La rencontre émotionnelle des mots, elle aussi, a une âme.
L'intimité perdue de l'homme et de l'univers est synonyme d'un non-temps
Caché dans les profondeurs des clairières et des grottes.
L'être unique, dont chacun d'entre nous est une parcelle infinie, correspond à une vérité personnelle, à un état naturel. Je crois qu'il importe à cet égard, de ne pas perdre de vue le fait que notre désir de réconciliation avec la nature, se fonde sur l'unité primitive divisée contre elle-même, et qu'il aurait été impossible sans elle.
Sur la vitre le paysage pleure
L'île d'enfance, d'un seul coup, possède une réalité
Les enfances sont choisies par les rêves de la vie
Comme le sont les larmes de pluie
Par les multiples facettes d'un chagrin unique
Il y a toujours un grand horizon derrière l'horizon fermé par son apparence.
La course de la lumière remonte par une route incertaine à l'intérieur du ciel.
Nous ne comprenons pas tout de suite ce que nous voyons
Mais le mot île est peut-être plus vaste qu'on ne l'a imaginé.
La vitesse intérieure change l'approche de la perception
L'eau des yeux se trouve rattachée à un autre mode de la présence
Chacune de nos rencontres a ouvert une dimension nouvelle dans la vie et, de l'une à l'autre, un parcours s'est établit.
La manifestation multiple et visible des visages de la mer a besoin d'un canal porteur.
L'homme intérieur marche dans la nuit bleue de la mer, au-delà de la barrière luminique, vers on ne sait quel acte de poésie pure, l'acte par excellence !
Il faut défendre partout et toujours la liberté d'aimer.
Le temps de l'émerveillement existe.
Le réveil nuptial dont nous parlons, englobe dans sa filiation universelle, tout ce qui existe.
Des yeux sous la mer nous regardent.
Il y a beaucoup de pays dans le pays de la mémoire.
Ils s'agitent dans les yeux comme des flammes de feu.
L'enfantement du noir à la lumière dévoile un ressenti secret.
Si nous voulons parcourir les chemins de l'utopique, qui nous unissent à notre montagne des aurores, nous devons nous consacrer à sillonner les rocs argentés des alentours emblématiques de la Lune, parce qu'ils possèdent le visage toujours lumineux, toujours bouleversant de l'esprit de la nuit.
Ecrire ce qui, encore, reste libre.
Même à pages nues, nous arriverons à temps.
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