L'être unique, dont chacun d'entre nous est une parcelle infinie, correspond à une vérité personnelle, à un état naturel. Chacun vit seul une vie unique, une vie authentiquement inconnue. Comment faire, pour que les chemins de nos nuits se rejoignent ? Chacun cherche sa parole, chacun cherche sa vie. Bref, l'étoile d'où il vient. Faut-il cheminer différemment, ou bien fusionner, dialoguer d'une manière plus interpénétrée ? On va de soi vers les autres, ou le contraire. fût-ce avec un monde imaginaire. 

J'ai toujours été frappé par les mots. Des enfants surtout. Un adulte écrit un poème, mais un enfant vit dans la poésie. C'est lui qui arrive le premier au milieu de l'île. Si il n'y avait pas d'enfants sur terre, il n'y aurait pas de livres. Il y manquerait l'essentiel : l'approche poétique, la légende, la quête.

Ce qu'il y a de plus beau dans la main de vie maternelle, ce n'est pas la mémoire des existences antérieures sur cette terre ou sur une autre planète, ni ce ciel éblouissant situé à environ deux millions d'années-lumière, ni la venue sur terre des dieux du ciel, ou les mille soleils d'argent qui apparaissent dans la nuit blanche d'une autre rive ; non, ce qui est au cœur du très harmonieux, c'est ce qui m'amène à te dire qu'un mot prend le nom du poème où il est né, comme semblablement les îles sont de leurs étoiles, ou bien elles ne sont en route vers rien.

L'étoile est déjà en promesse dans l'aube, que l'on peut éclairer d'une île en feu à l'autre, en essentialité. Ce qui montre bien à quel point les voix étranges et douces des étoiles sont des mêmes zones, des mêmes esquisses que les chants de sable. Cela est tout l'être du ciel, le reste n'est que son apparence.

Le noir coule en bleu sur les dunes de la nuit
 
Ce vent glacé vient d'au-delà des étoiles






Le thème du croisement, voilà ce qui est plus divin encore. Quelle merveille que le thème du croisement ! Il nous a tout donné, le soleil et la vie et la création personnelle d'images, au moment même où le vent et la lumière des étoiles s'entremêlaient et s'exaltaient l'un l'autre. Ce monde renferme beaucoup de tendresse car il y eut rencontre, dialogue, découverte.

Tout converge vers le visage d'une source commune où chantent les images dedans les mots encore à inventer : là, une prairie d'images et de couleurs s'avance dans les mots pierre et ici, les mots pluie glissent sur des paysages à couper le souffle.

Ce monde est une combinaison de l'eau avec la lumière
Il ne faut pas comprendre tout de suite 
Il faut attendre et d'abord éprouver, ressentir

D'un regard, j'ai cru embrasser toute l'énigme du monde magique sous-marin. Mais l'île-corps qui se redressait et reprenait sa vitesse, était cachée presque entièrement, tandis que la vague poursuivait sa course sous le vent.

Dans cette île, il y a une étoile et, dans l'aube qui se lève, je tente de me persuader que l'étoile renonce à tout ce par quoi elle n'est pas l'île, ni l'île l'étoile, et que, même si cela ne peut être, il y aura toujours l'idée immensément bleue de la mer entre elles.

Devant moi, il est ici tout autre chose et cette autre chose est dans l'esprit des nuages, sans compter une abondance d'éclairs rapides. Le vrai nom de cette patrie invisible, qu'est-il sinon la part d'étreinte, de communion, de plaisir des formes et des couleurs qui parcourent les nuits et les mondes. 

Ici, je suis au centre de quelque chose d'autre qui s'ajoute aux éléments et de tout ce qui invite à la course des rivières et des signes éblouissants. C'est dans ce feu nouveau né du mystère primitif, que s'est éveillée pour la première fois, avec le souffle des ombres, la pensée de la source, de toutes ls sources.




Peut-être est-ce par cette fente avide de lumière et d'espace que s'ouvre l'œil des étoiles.




Voici qu'une minuscule petite étoile s'est laissée tomber dans l'eau, jusqu'à la joie soudaine des profondeurs. De la façon dont elle me regardait, c'était une voix disparue, simple brèche ouverte dans la nuit sur la lumière voisine. 




Lorsque j'étais enfant, le lien avec l'immatériel ne portait pas le nom de religion, mais cercle intime, espace métamorphosé dans le secret et l'intimité de ma chair. La spiritualité, propre à chacun d'entre nous, résulte de notre expérience. Il n'est donc pas nécessaire de se reconnaître dans le discours d'église, pour avoir une vision spiritualisée du monde. Un sentiment de foi en la nature existe assurément, par-delà les dogmes et les pratiques religieuses bien instituées. 



Si la réalité intérieure surgissait en pleine lumière, je m'arrêterais à côté de la brume qui monte de la mer lorsque l'existence réelle des rêves bondit sur les vagues.

La seule expérience attendue, autour et au-dedans de nous, est celle de la communion du visible avec l'invisible. Nous pouvons conclure provisoirement que ce monde recèle de la matière spirituelle. 

Qui a eu la chance d'habiter comme les blés lunaires, au-delà des montagnes bleues de l'horizon, doit ouvrir d'autres regards sur l'espace cosmique. Mais pour trouver quoi ? Chercher qui ? Il faudrait avoir l'amour de l'amour pour accrocher à cette source.

Au pays de la poésie, il pleut avant l'aurore des mots éperdus. Désespérément, ils nous font des signes, mais nous ne savons rien de leur respiration, de leur couleur dans le cosmos. Nous sommes séparés par toute la longueur du Ciel. Nous ne sommes pas de leur pays, nous ne respirons pas les mêmes aubes, qu'eux, ils respirent avec nous. Ce sentiment de l'exil glisse dans la peau du monde, et verse son noir dans les feux très secrets qu'il irradie.

Seule issue possible, l'intrusion du rêve dans le quotidien. 

La rencontre avec la poésie est un voyage bleu nuit vers ces régions naufragées. 

J'entends dire qu'une route étrangement lointaine éloigne grandement l'espace terrestre de son juste temps humain. Qu'avons-nous dit de la disparition des images ? Est-ce que nous avons pensé à chercher hors de leur forme spatiale ? Rencontrer ou ne pas rencontrer. Découvrir ou ne pas découvrir. La question essentielle est en permanence : Réveiller ou refouler le territoire des imaginaires. Ces ombres noires et blanches naviguent vers où ? L'œil de la photographie capte de nouvelles informations inédites. Jamais le même frissonnement des feuilles, dans le premier soleil, ne se représentera deux fois dans le monde. Ce que l'artiste photographe comprend, c'est qu'il est en train de capter l'instant de l'être individuel toujours nouveau. Le plus simple qui soit et donc le plus difficile à saisir. Le juste temps humain a mis tous ses enfants au monde. Ils ont le visage nu de ceux qui veulent toute la nature à la place de la mécanisation, l'image des corps et non l'idée marchande. 

Une quête effrénée de l'inconnu se faufile entre les moindres failles. 

Tout parle du temps du rêve, ou porte son signe. Les sources, les arbres ne sont possibles que par la rencontre des oiseaux et des rêves. Mais voici l'incroyable nouvelle : il y a un vent de naissance avant, il y en a un autre après ! Entre chaque île, deux mers ; entre chaque mer, deux îles. Les surfaces et les lointains de l'étoile mère, à chacune de ces aurores, portent d'îles en îles et de mers en mers, leurs langages et leurs secrets. 

L'approche des chants d'innocence par l'imagination créatrice est une "clé" désormais indispensable à l'entrée de la vie. Tout est dans les rêves, dans un seul rêve, celui qui n'a que notre regard au monde et que nous caressons par les yeux, comme une image momentanée de l'éternité. Dans le cas où seraient indiquées deux approches des chants d'innocence, la première est celle de l'essor et la seconde, celle de l'anneau. Une approche de l'essor pour se raccrocher à la constellation des lettres G A L A X I E, et l'autre de l'anneau, pour rencontrer le regard des lettres qui brillent. 

Dans ce rêve
La longue île du moment présent
Tend à devenir ronde comme la respiration de l'amour
Je l'appellerai regarder, écouter, goûter, sentir
Sans rien perdre de ma plus intime et incommunicable blessure

J'écoute la mer
Et c'est une mère que j'entends
Sans elle, où serais-je, à l'intérieur de qui ?

Jamais les chemins de terre de la poésie
N'ont éprouvé à ce point la sensation
De n'être dans cette existence
Que les terrains vierges
D'une enfance enfouie

Je me souviens de ce qu'un prêtre devin m'avait dit un matin de l'année Un-Roseau : Ceux qui se proposent de regarder "au ralenti", se sont toujours tenus à l'écart d'un monde beau et lumineux. En revanche, ils ont été et seront probablement longtemps le Système Correcteur des arbres, des fleurs, des jardins. Brusquement ils disent : Je suis d'une île. Mais après ? Qu'est-ce qu'ils voient dans son regard bleu vide ? Est-ce qu'ils ont vu, quoi ? Et quand ? Elle, elle, qui est-ce ? Il y eut un silence enveloppé de bleu, puis il dit doucement : toutes les étoiles brillent ensemble . A la vérité, j'étais même extrêmement anxieux de voir réussir la fusion. Mes brusque accès de noir n'étaient rien d'autre que le signe que je regardais trop "au ralenti". En toute sincérité, reprit-il : il n'y a qu'une voix, une seule : île ici et étoile ailleurs, c'est la même émotion illuminatrice. Toutes les étoiles n'en sont qu'une. La mer leur donne son propre corps, dans lequel elles veulent être avec elle, comme dans une arche d'alliance. Après avoir reçu ce message, sans le quitter des yeux, je me répétais l'image : la lumière de l'une est faite pour être la couleur de l'autre. Voilà comment un invisible prend figure ! Importe donc plus que tout l'inscription d'une possibilité de communion, de jouissance sur le chemin des îles. 

Dans des forêts lumineuses et au bord des lacs les plus purs, les hommes de mon peuple se sont aventurés sur des chemins buissonniers, à la recherche d'un espace d'errance. Leur clarté d'étoile, c'était la peur de n'être pas compris. Le poème est dans cette clarté primitive. Il doit y explorer un rêve disparu devant la réalité.

Et je sais, au fond de moi, que la rivière ailée de cette échappée est un chemin passionnel en plein ciel. Oui, une voie mimétique du blanc sur l'air bleu. Et pourquoi pas ? C'est là que j'ai entendu, pour la première fois, de la bouche de l'enfance, que l'analogie visuelle entre le ciel et la mer, révélait les merveilles d'un autre palais.  

Il est enseigné que l'âme préexiste à la chair et non le contraire. L'un des deux visages se trouve être le nôtre, même si l'un de l'autre a été agressé. Mais, avait-il vraiment le choix ? Allons jusqu'au bout, quoi qu'il arrive. Ici, dans cette vie intime et secrète de la matière, un regard de source dans le bleu pâle est né. Comme le lieu depuis lequel, le suprasensible à mettre au monde, se laissera voler un peu de sa magie. Les terres de lumière et de sensibilité à l'être se fondent les unes dans les autres. C'est bien d'un corps unique qu'il s'agit, et le cercle des quatre-quartiers le nourrit.

La mer met au monde ses îles. Aussitôt, la respiration poésie se prépare à la naissance écriture, car il n'y a pas de nouvelle île sans une autre façon de l'imaginer.

Les mots se mêlent au monde qui les entoure aussi vite que possible. La phrase en moi était au bord d'une enfance, d'un paradis. Elle est mon coquillage marin et le bleu et le blanc le long du sable. 

Il existe un petit point brillant dans les préparatifs de l'encre noire, à partir duquel s'en-bleuissent les verticalités. Ce sont les fils d'argent de l'aube sur la ligne serpentine des visages. 

Nous ne vivons pas dans un monde relié, mais dans un monde isolé, séparé entre sacré et profane, divisé entre visible et invisible. C'est là quelque chose qui plonge ses racines dans un monde très fantasmatique, celui de la lointaine et obscure plage d'elle. Dans tous les royaumes des fins, comme il y a l'île des naissances, il y a l'île des aboutissements. Reste l'île des départs. Je m'élance d'abord dans cette image à l'orée d'un espace matriciel. 

Le voyage engage émotionnellement, il capte mieux le cœur et la voix intérieure. Et que serait l'ultime évasion vers l'encre blanche sans la mise en relation absolue de l'image et de la parole ? 

Le blanc de la surface non imprimée est une terre cachée, une image idéale sur le sable fin des subjectivités.



La lumière voyage à travers le rêve des formes et des couleurs.



L'émotion des formes de la lumière est fondamentalement plus spirituelle que religieuse. Elle nous vient en naissant, pour rendre une vision de la terre, pour témoigner du ciel et de la mer, prendre langage et regard. Et, seule, à mon sens, la mère est celle qui peut comprendre ce pouvoir de rêve. Pour moi, donc, elle est la vraie constructrice de l'imaginaire. C'est vers elle que se rendent le mot, le corps, le monde confondus. 




Moi, qui cherche où me poser dans l'infini des étoiles, je ne connais même pas leur place, leur nom et leur histoire. Pour quoi faire ? Le pays intime d'où elles viennent se reflète à la surface de l'eau. 

Il demeure que c'est bien pour se changer en étoile, que la lumière du lac s'est exercée à faire l'intérieur comme l'extérieur et l'extérieur comme l'intérieur, et ce qui est en lumière comme ce qui est en couleur. Si un être veut percer la surface placentaire du ciel, il ne peut pas faire autrement que de cingler jusqu'à la rive inconnue de cette préexistence au monde.  

Une idée surtout m'obsède : il est bien certain que si elle existe, cette étoile-île, ce ne peut être qu'une lueur alternativement blanche et bleue, sous l'horizon des mers. Ensuite, le seul lien dont je rêve entre une île et une étoile, et moi avec elles, depuis le premier lieu dans l'eau brillante et argentée d'un coquillage marin. 

Un espace vierge et pur se laisse saisir, si l'on a vidé les couleurs du blanc pour en faire jaillir d'autres.

De nombreux itinéraires désirent ardemment cette lumière parfaite.

Plus j'y réfléchis, plus je me demande si, pour les chercheurs de mers, que la nostalgie du grand large hante et accompagne, il n'y a pas de plus belle clarté entre les branches que ce visage capturé dans la forêt initiale. 

Le chemin pour aller à la respiration des racines et des sèves monte, l'éveil dans le cœur aussi.

L'arbre-monde aussi, quand il nous dit son rêve, il faut qu'il s'invente une religion de l'aurore et de la terre naissante ; il faut qu'il regarde par delà le voile d'humidité lunaire, vers l'étoile qui change avec les yeux qui la regardent et avec les quatre bords du monde qui la caressent. 

Le regard fixé sur la première forme du matin peut être un formidable déclencheur d'imaginaires.

L'expression active du nuage, sa forme fondamentale, suggère une présence qui est ou demeure invisible. L'activité de ce nuage est liée à un imaginaire par la participation subjective du regard. 

Les nuages ont des îles dans les yeux, ils nomadisent. Il faut les suivre des yeux aussi loin que possible, car les vrais rêves s'apprennent surtout par les yeux. 

L'esprit des nuages et l'être du ciel s'unissent l'un à l'autre.

Et brusquement, je me rends compte qu'à cet endroit du poème, ma démarche et ma liberté me viennent d'ailleurs. C'est comme si une nouvelle coupole bleue de la terre, à la fois invisiblement visible et prise dans la chair du monde, venait de m'être révélée, mais c'est un monde de formes nouvelles qui rattache l'inaccessible à la chair !

Le voyage, je le sais, est aux vents de l'espace, tout comme les images de soleil, de lune, de terre, de feu et de pluie. Dans les limites étroites de ma coque, je ne perçois rien encore mais, obscurément, j'ai l'impression que le sable de mes yeux décèle d'autres caps, îles ou îlots rocheux de toute la part de mystère à dire. Des nuages visiteurs venus d'une autre planète courent devant moi ; au passage, j'y enfonce les doigts dans des contrées sauvages, petit îlien du ciel, je ne manquerai pas de voyager l'enfance de tous les éveils de l'aurore et de toutes les joies des profondeurs.








C'est par l'avant vie qui circule librement dans le corps, que Dieu la Mère nous agrippe ; Dieu ou plutôt Déesse, la Créatrice, la Vraie.

Si j'avais dans ma mémoire son visage, son sourire, j'entendrais, je verrais Celle qui vient, qui ne peut pas ne pas venir, qui peut-être, est déjà venue dans les allées froides de l'espace terre-lune. 

Je le sais bien, les couleurs du blanc ne se posent pas immuablement sur le bord des nuages, et ce sont elles qui creusent le silence de ce ciel. Dans les allées froides du petit jour, une ombre rôde ornée toujours de la même pâleur. Quand je me mets à lui frayer un chemin, elle n'est qu'amour au-dedans de moi, tout au fond de moi sa désespérance est la mienne. Il faut que j'aille dans la chambre si chaude, si belle où l'on frôle une soudaine ombre de sa chair. Celle qui n'est plus et ne peut être n'est pas morte pour toujours. Elle dormait dans l'aurore, et j'ai vu courir un corps plein de soleils. Il était poursuivi par toutes les blancheurs assemblées de l'aube. 

Beauté, lumière et émerveillements. 

L'éclat de la lumière terrestre n'est pas un apparaître ordinaire.

Maintenant je sais que la mer et la terre sont de la même couleur 
Que l'odeur d'eau de mer se mêle à celle de la forêt 
Que le sable peut être rose comme l'aurore 
Et qu'il fait bleu au plus profond, au plus secret

Le reflet d'un pays de la Terre pure s'est avancé vers nous, même si nous ne pouvons l'habiter qu'à distance. Que deviennent les enfants quand ils ont grandi ? Des images de voyage passent devant leurs yeux. Je suis tenté d'aller plus loin. Ils renaissent en mots-images. 

Dessinons autant de fleurs que d'arbres

La part d'enfance ne fait que commencer

Des dessins d'enfant seront sur nos cœurs 

Chaque imagination individuelle touche de près et à l'essentiel d'une vie spiritualisée extraordinaire.

Dans toutes les images qui me reviennent à la mémoire, la note dominante est la lumière de l'eau. 

Quelque part dans mes actes et dans mes rêves, peut-être à travers toute mon expression, toute ma différence, je me suis baigné dans les eaux désertes de l'avant-naissance.

Un invisible plongeur a jeté une poignée de pierres précieuses dans l'eau brillante et argentée.

Les solutions sont à chercher dans ce cercle de l'onde. Qui sait lire au travers des pierres de rivière, voit des prodiges et des enchantements. Le merveilleux féérique se glisse vers le repaire secret. Lequel ? Et ensuite ? 

Désormais, je ne songe plus qu'à me recentrer sur mon matin d'origine. Et qui sait, délivrer de moi le souvenir de la grotte-refuge et des coquillages à la forme spiralée ?

Cette image sublime, elle existe : c'est l'air et la lumière, l'espace libre secoués comme sur des vagues. 

Cette terre est une approche sans fin des multiplicités sensibles.

La lumière sur l'eau représente une promesse de rapprochement entre la couleur astrale et les élans intérieurs de la terre. Une promesse toute pure, toute seule, qui dépend du doux silence de l'aube, autant que du cœur profond de la forêt.

La lumière sur l'eau exprime l'idée d'une Mère éparse dans l'univers, cachée jusqu'en nous même. Un être des profondeurs océanes, dont les artistes prêtres transposèrent la forme, la beauté, la liberté dans un itinéraire de quête, une errance. 






Je m'efforce d'être tout près des fils de l'aube. Quel sera le parfaitement clair et pur ? Car, ce que j'attends de cette aube violette et nue, c'est qu'elle me dessine cette lumière, cette couleur dans le vrai. Il en existe toujours un. Il restera là, à briller devant moi, jusqu'à ce que les lettres de ce mot cessent de s'identifier à ce mot, pour se porter vers un autre endroit qu'elles aimeraient visiter. 

Une pluralité de chemins d'étoiles danse dans nos mains, et cependant le sentiment d'harmonie est très vague. Seule, la fenêtre sublimement violette de la nuit a des chances d'être ouverte sur les rivages inconnus. Il suffirait de presque rien, peut-être un regard, un mot, un signe pour atteindre l'autre rive.

Il est partout d'autres sourires à habiter. Mais on a presque le sentiment qu'il y eut deux courses solaires différentes : celle imaginée avant le plus ancien pays habité, celle imaginée après lui. 

La cité-étoile n'est pas toute contenue dans cette image momentanée de l'éternité. La Terre elle-même est pensée, âme et souffle de vie. Le vrai nom de cette patrie invisible, qu'est-il sinon l'inter-dimensionalité de la forme idéale, originelle ? La Voie Clarté est cette main de vie qui nous entoure. Et le surgissement de cette ombre blanche et longue implique l'inclusion d'une porte de l'horizon. 

Ce sont les ombres du rêve qui meurent, en cette pointe extrême de la nuit, où le noir se retire pour faire place à l'aube violette, d'où jaillira la non-rationalité. Il faut avoir l'audace de franchir la frontière et d'aller sur la rive opposée. 

A partir de cet instant, quelque chose me dit qu'il n'y a pas un lieu de la rencontre, mais plusieurs.  Toutes les faces et toutes les surfaces du ciel demeurent à se regarder, parfaitement immobiles. Ce qui fait que je ne sais plus vers où tourner mon regard, tellement l'intensité des silences déplace. Tout ce que je connais d'elles, c'est un point abstrait dans l'espace. 

Nous avons traversé une longue série de migrations, sans trouver assez de place sur terre. Certes, la plénitude du regard reste à mi-chemin du cercle et du point. La diversité des signes projette à la fois un espace de merveilleux et un lieu de question sur le territoire de l'esprit. Et c'est vrai que nous approchons une sorte de mystère originel, que nous cherchons une étoile où quelqu'un nous attend, et que la grotte dans laquelle nous trouvons refuge devient notre océan profond. 





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