Je caressais des doigts et du regard ces pages blanches et ces pages noires qui me remettaient sur la voie des rencontres perdues. C'est quoi écrire ? me demandai-je. Qu'est-ce que ça change ? "Ecrire, c'est partir", répondit une voix. Et il y a autant de chemins que de voyageurs, approuvai-je. Puis, comme je remarquais que la visiteuse de lumière partageait ma nuit, j'ajoutai d'un ton plus doux : depuis l'avant-aube, heure par heure, j'ai vu surgir d'une prairie d'herbes hautes l'intérieur d'un monde.
L'acheminement vers le rêve en de longs, en d'infiniment longs regards éperdus dessinait une poétique toute ronde, toute blonde du corps et de l'image de l'autre caressés par l'eau dans des bleus or.
"Tous les chercheurs de mers sont à la fin de leur voyage revenus à leur commencement, fit-elle, mais pouvaient-ils se douter que cette aventure tournerait à la renaissance sur un autre plan, dans une autre fréquence ? Nombre d'entre eux subirent l'influence des vents de l'espace - et ce, d'autant plus qu'ils étaient fils de la lumière."
A la vérité, il se dégageait de cet endroit une telle impression d'accomplissement en rêve, qu'il me semblait des plus énigmatiques, comparé à la vitre de la raison qui sévissait au-dehors. Mais je savais que l'instant poétique était frère d'un commencement, d'un chemin et, qu'à cet instant précis du dialogue, l'occasion m'était offerte de m'unir. Et je songeai : sans doute la clarté trouble du petit jour est emplie de mers que j'ignore encore, une fois la brèche temporelle franchie, un tout petit point d'écriture peut encore s'élargir. Et alors, soudainement, comme porté par un flot de lumière, l'espace intérieur des mots voyagera entre les étoiles, semblable à la fraternité galactique à laquelle il sera mêlé.
Nous ne savons plus qui nous sommes, où nous sommes de l'enfance jusqu'à l'âge adulte. Le noir coule en bleu dans le regard des étoiles qui pleurent. Elles sont la grande Voix de tout. Nous sommes seuls de notre espèce devant l'agitation inquiète des lumières factices de nos lampes.
Je me suis longtemps posé cette question : est-ce que nous sommes venus d'ailleurs ou est-ce que nous sommes venus d'avant ? Au fond, il n'y a rien à comprendre et tout à ressentir. Les étoiles et les dieux, ça ne s'explique pas. C'est donc bien un projet utopique par essence qui est en train de naître. L'errance tourmentée de la pierre, des plantes, des animaux ne vient pas seulement du concept dualiste d'un feu terrifiant caché profondément sous la terre, mais elle découle aussi de lui. Reste que ce feu des régions inférieures de la terre se mêle à celui des galaxies de lumière. Une quête effrénée du plus grand inconnu de la terre se faufile entre les moindres failles.
La vie n'a pas de frontière galactique, elle n'est pas un phénomène exclusif de la terre. Pourquoi cette planète plutôt qu'une autre ? Il n'y a pas un lieu de la naissance, mais plusieurs. La vie est un long, infiniment long processus dans l'univers. Dans le secret de la nuit, elle propulse des intelligences parallèles venues d'ailleurs, dont les observateurs terriens attendent l'illumination.
L'existence de l'impossible enveloppe le ciel, la terre et l'homme. Et puis il y a la peur d'être oubliés dans la longue nuit. C'est une rivière noire et d'or que les mers de l'espace n'ont pu retenir sur leur pente de nuit.
Nous possédons le pouvoir de la parole et celui des signes. C'est dans la représentation idéalisée de ce char spatial de Gilgamesh ou de celui du Seigneur de Palenke, que réside l'indéfectible altérité du phénomène.
Le feu d'une colonne lumineuse, peut-être ? On peut multiplier les questions à l'infini. Quelles que soient les rencontres rapprochées, le peuple du ciel est un peuple de voyage et nous sommes sa possibilité d'errer.
Je m'efforce de trouver les réponses à ces questions : les objets mathématiques et les formes de la nature sont-ils compatibles ? Les formes artistiques peuvent-elles utiliser les médias mécaniques ? Est-ce que tout est nombre ? La beauté n'est pas une formule mathématique. Je ne suis pas certain que les mathématiques soient le langage par lequel Dieu ou les Dieux s'adressent à l'homme.
Le doute ? Au contraire, je veux l'étendre. Là où certains voient le Verbe fait chair, d'autres parlent de la chair devenue Parole. Le point de rencontre se situe au carrefour exact des regards et des paroles.
Nous avons seulement été épris de l'infini. Nous avons goûté la saveur étrange d'un mélange d'homme et de Dieu.
Tout est conscience. La mécanique rapide et puissante n'a jamais fait entendre ni voir une telle ascension.
C'est à partir d'une image voilée, que quelque chose d'autre se trame dans une continuité sans fin. Je préfère les formes floues, non inscrites plutôt que les formes stabilisées. l'image nette, précise est au final une image qui a perdu sa profondeur imaginaire.
Je vois aussi des paysages derrière des paysages et qui ne sont peut-être plus des paysages, mais l'ombre portée d'un autre monde, ou l'émergence d'une étendue secrète. C'est ce qui m'incite à bondir dans l'avant ou l'ailleurs.
Il n'y a de réel que la puissance ressuscitante du cœur.
Le langage des formes s'attachera moins à l'existence concrète du matériau, à la réalité visuelle qu'aux possibilités de l'objet poétique et artistique. Cependant, il faut reconnaître que tout cela est très proche et que, dans le pur dessin et le langage inventé des formes, la proximité est permanente.
Les mots de la sculpture sont des êtres vivants qui se promènent partout dans l'espace. Quelques-uns, très rares, sont déjà d'une autre chair parce qu'ils ont la force de l'imaginaire. Dans une longue dérive jusqu'au bout de la nuit, nous traquons leurs dernières traces de matérialité.
La recherche d'une poétique de la forme est à la fois une construction de soi-même et une ouverture sur un autre monde.
Le monde de l'intériorité s'étend bien au-delà de notre langage de communication et même de notre champ de conscience. Comment savoir jamais si la planète Terre a entendu ce que les hommes attendaient d'elle ? On entre à l'intérieur d'une forêt comme on pousse une porte vers l'infini. L'épreuve de l'ombre n'est qu'une transition et un désespoir nés d'une aliénation de l'homme par la machine.
Nuit... Le mot, seul, fait déjà rêver. Ce clin d'œil à l'hypostase des enfances de l'homme, semble appartenir à une île nomade échouée sur un haut-fond. C'est une longue part d'enfance, la nuit. Et derrière ce chemin d'étoiles, juste à côté de la cité de l'aube, il y a l'invitation à voyager dans une merveilleuse construction lointaine. C'est d'ailleurs de cette lutte avec la matière et la temporalité que naissent ses plages de lumière lointaines comme des secrets.
Si nous pouvions savoir où commence le climat de l'aube, nous verrions aussi où s'arrêtent la matière et l'espace. Et alors nous n'aurions plus jamais peur des régions inférieures de la terre et de ce qui s'y dissimule.
De nombreuses personnes ouvrent leur esprit à l'idée qu'il y a une vie intelligente au-delà de notre planète, dans d'autres galaxies, dans d'autres systèmes solaires. Mais nul ne semble connaître l'origine, la nature et la finalité de cette forme matérielle passagère. Où est la vie ? Où est le rêve ? La liberté cosmique n'a pas de certitudes, de limites. Il est pourtant nécessaire d'engager notre relation avec le ciel et l'univers. On observe d'ailleurs que les perspectives de voyages interstellaires sont encore plus au-delà du monde matériel, que ce qui était escompté par le pouvoir imaginatif. Le vrai message de paix est porté par l'attitude intérieure de ceux qui ont un souci de créer, de construire, de bâtir sans jamais dogmatiser l'expérience vécue, l'expérience vivante, l'expérience libre.

Il ne s'agit pas tant de défendre en noir sur le blanc la naissance écriture d'une vérité morte sur le papier - et qui laisse tant de chemins escarpés sur le bord de la page blanche - que de se projeter dans l'avant-naissance en retournant dans le passage préalablement ouvert entre soi et la respiration poésie d'une page qui peut être d'aube.
Il y a deux sortes de voyages : le premier va de l'état embryonnaire à l'état fœtal et le second, de la matrice à l'air libre. La direction des traces nous mène à un effort pour sentir, pour percevoir de quelle parole intérieure, secrète on est fait.
L'invisible existe ! Cela est tout l'être du ciel et de la mer, le reste n'est que son apparence, le sous-jacent mobile où notre individualité se pose quand l'inventivité échappe à la pesanteur des jours.
Toute mer est transférable d'une simplification bleue concrète à un lieu indéterminé dans l'infini.
Qui a écrit ce nom mystérieux JE SUIS ? Nous demeurons en attente de réponses : quelle est cette lumière qui vient habiter notre monde ? Est-ce une demande d'amour? Est-ce une demande de rencontre ? Tout homme est appelé à faire une bouleversante rencontre qui le mettra en communication avec toute cette vie inconnue fermée dans ce corps.
Il y a un vrai mystère. Nous voulons comprendre ce que nous sommes et d'où nous venons. Un Dieu est venu habiter notre chair pour convertir ce relief terrestre vers de grands jardins suspendus. Un Dieu est devenu enfant pour établir l'innocence d'un temps d'écoute et de parole. Ici, dans le caractère sacré de la terre maternelle, un autre regard de l'étoile est né, qui a donné chair à l'impossible. L'esprit de la vie doit cependant faire face à la roue du temps mue par une mécanique historique implacable. La question est de savoir si le monde a été créé pour l'homme ou si il a été créé avec l'homme. Je veux dire que rien n'est exclu dans l'aurore lumière : l'homme, l'animal, la plante, la pierre. Tout n'est pas découvert, il faut ajouter le rêve de quelque chose d'autre qui s'ajoute aux éléments. La révélation du divin dans la nature s'est aventurée dans des longs couloirs obscurs et humides. Elle émergea de l'intérieur de cette bouche de la caverne des origines.
La lune secrète voyage sur le front pâle des nuages.
Un reflet des mers blanches de l'aube éclaire les passages secrets dans la forêt.
Au pays de la poésie il pleut avant l'aurore des mots éperdus.
La couleur que fait à l'intérieur de l'intérieur une main qui s'ouvre
est comme un appel de l'âme jeté dans la nuit des étoiles messagères.
Il nous faut apprendre à dire ce monde, le soleil, le sable et les vagues, par l'impossible.
Ce qui n'est pas explicable a toutes les chances d'exister.
Il demeure que c'est bien pour pleurer vert que l'arbre se change en rivière.
Il s'agit d'intégrer l'incompréhensible.
La lumière des étoiles se distingue très nettement des autres lumières.
C'est elle qui transporte les îles plus loin que leur espace mesuré.
Il y a des visions perdues dans l'or bleu des planètes.
De quelle séparation, de quel exil s'agit-il ?
Dieu ne peut pas habiter seul dans une planète abandonnée.
Quelque chose manque, peut-être un être en devenir ému par tout ce qui vit.
Le monde rentre en Dieu, c'est l'Incarnation.
L'ombre blanche se soulève, se déplace et se dirige vers ceux
qui guettent attentivement le point d'où surgira la divine iconostase.
Il y a deux transcendances : la verticalité de Celui qui sait par l'horizontalité de Celui qui dit dans la foi native de Celui qui fait. L'effort de lumière n'a rien d'autre à faire que de se préparer au voyage. Et c'est là notre point du jour. L'éveil dans le cœur tout exactement comme l'instant du poème. Dieu n'existe que dans le voyage et il y a autant de chemins que de voyageurs.
L'insolite est communicatif : c'est une sensation immédiate, purement physique.
Il y a des formes qui parlent et il y a des sculptures qui rêvent.
Nous vivons avec des rêves pour apprendre quelle âme nous habite.
Entre le silence et l'origine, il y a l'élan de l'expression cosmique des visages.
Entre l'origine et l'extrême, il y a le temps d'une parole pour faire naître et le temps d'un souffle pour donner vie.
Il y a une multiplicité de soleils en Celui-qui-marche-en-resplendissant.
Il ne s'agit pas de faire nombre mais de faire signe.
Le monde n'est pas assez plein d'un amour de la relation pour que nous renoncions à l'élan de la communication.
On peut lire dans le regard d'une étoile toute l'émotion de la lumière
Celle qui n'est plus et ne peut être n'est pas morte pour toujours
J'écoute la mer et c'est la voix d'une mère que j'entends
Je regarde cette pierre et c'est un visage de chair que je vois
Je caresse le sable et c'est une femme que je touche
La course des mondes redéfinit les contours de la longue île du moment présent.
Or, c'est nous qui sommes dans sa réalité rêvée et non l'inverse.
Car on ne voit jamais qu'un seul hémisphère de cette immanence lumineuse.
La levée du voile sur la réalité du fantastique est proche. L'univers grouille de vie et tout est en relation.
Le tout de Dieu, c'est le commencement qui contient tous les commencements. Toutefois, l'unité spirituelle de ce Dieu transcendant n'est pas envisageable sans la multiplicité sensible de ce même Dieu immanent. Le tout de l'homme, c'est toute la problématique de la conjonction du concept Dieu et de la présence divine. Le point du commencement est à rechercher dans cette longue itinérance des cris de la lumière.
L'un croit au ciel, l'autre n'y croit pas. Mais il y a l'idée de la mer entre eux.
L'idée de la mer est une idée de forme pure qui fait son nid dans le bassin maternel.
L'un croit au ciel, l'autre n'y croit pas. Mais les sables invisibles de la mer se rassemblent.
La remontée vers le point d'origine noue la solitude des visages et la multiplicité des regards.
Intact devrait être le rapport avec le mot, le corps, le monde. Si la vie secrète de l'amour est cette harmonie avec la totalité de l'existence, nous avons un point de contact avec l'infini.
Nous sommes dans le fabuleux car l'ailleurs est ici et non à des mille d'ici.
J'ai perçu les respirations d'herbe et d'eau de la nature où se lisaient encore les vertiges d'un paysage d'aube. Et j'ai reconnu le tracé clair de l'espace qui décline des camaïeux d'azur sur la matière invisible qui habille l'être physique.
La joie du geste est un voyage, une quête. Je veux parler de la mise en relation absolue de l'image et de la parole. Du haut de la colline, une tentative d'aller vers les autres.
Et après ? Après, être soi c'est être unique.
Nul n'échappe à ses étendues d'immensité. Nous sommes venus au monde pour faire l'expérience de renaître. L'homme est naturellement porté à savoir quand, où, comment voyager l'enfance du monde, c'est-à-dire dessiner quelque chose de l'étoile, de l'île et du cri des vagues. Ce besoin d'être enveloppé de bleus, qui nous vient en naissant pour rendre une vision de la terre, pour témoigner du ciel et de la mer, prendre une piste ascendante. Et, seule à mon sens, la femme essentielle est celle qui peut rêver les rivages de la musique. C'est elle la vraie constructrice de l'imaginaire. Mais il faudrait commencer par supprimer les prêtres soldats, tous ces occulteurs de Dieu ou plutôt Déesse, la vraie, la Mère de vie universelle qui existe par-delà les dogmes et les pratiques religieuses bien instituées.
Qu'adviendrait-il si l'infinité noire de l'univers se muait en clarté et si, pour nos yeux pleins d'ailleurs, pleins d'au-delà, la mer et le ciel de la nuit nouaient des relations d'être à être ?
Je sais qu'au bout de la route qui part de la Terre, la surface du ciel est un placenta. De toute ma soif de rêve, j'imagine le pays d'eau fécondatrice et de verdure, parsemé d'étincelles d'orbes bleus, avec en son centre la cité-jardin de l'Homme Volant.
Notez ceci : le ciel est une mer dans le vent. L'eau du ciel, dis-je, bien que dans la froide lumière de la haute cité, le feu des étoiles me fait l'effet d'une grande solitude bleue refoulée, rentrée à l'intérieur au plus près de sa clarté première.
Nous nous sommes déjà rencontrés au bord d'une enfance, d'un paradis parmi les clartés des galaxies, avant de nous reconnaître très au-delà des voix et des expressions du cosmos.
Il n'y a pas un lieu de la naissance, mais plusieurs. La Terre depuis le septentrion jusqu'au midi n'est pas réductible à la matière, à la surface, à l'enveloppe. Nous mettrons en avant l'esprit libre et universel de ce projet : tous les contextes, tous les mondes sont possibles.
Les pluies de fleurs n'ont rien à redouter de ces eaux sombres.
Le moindre chemin d'eau dans le silence profond de la forêt
est sur le point de devenir une mer de lumière dans les étoiles.
Ce monde pollennise des invisibles que les habitants de la terre doivent entendre et auxquels ils doivent répondre.
Pourquoi cette planète plutôt qu'une autre ? Dans nos yeux sont tous les mondes de l'univers.
Il faut s'évader à fond le mieux possible.
Rêver est un moyen de connaissance, tout autant que penser.
Est-ce que l'univers est assez vaste pour contenir l'imaginaire humain ?
Nous n'allons pourtant jamais assez loin dans nos rêves.
Le visage de l'image nouvelle que nous avons donné à l'idée est un aspect d'infini matérialisé.
La mort est une porte de sortie du temps.
Mais nos yeux mortels ne tombent pas au néant.
On meurt parce qu'on était fait pour les lignes de fièvre.
La vie continue sa course.
Elle précède tout et tous.
Ce qui était présent mais caché devient visible.
Je veux parler de l'enveloppe fœtale d'un avant-monde qui a été arrêté et qui n'est pas fini.
Lors d'une étape dans la longue exploration vers l'amour, Jésus dit à Myriam de Magdala : "Moi seul j'aime l'invisible en toi." Comment faire comprendre cela ? Il y a des yeux qui ne se plongent peut-être jamais dans l'océan des planètes... ça ne les brûle pas du dedans. La pensée de l'inconnu est une forme de pensée qui court se cacher derrière le nuage.
Dans les yeux sont tous les mondes de tous les univers.
L'enveloppe extérieure de l'indicible les lie, les rapproche, les éblouit,
mais beaucoup ne la voit pas.
Le vent calme dans le bleu de l'aube s'est tu
Où est l'image présente ? En nous ou en dehors de nous ?
Une force étrangère est active invisiblement autour de nous
La mer n'en finit pas de dessiner dans la terre les contours de l'autre, un autre temps peut-être. Tous les indices semblent montrer qu'il existe une autre dimension de la vie. Du moins l'art nous donne-t-il un aperçu de cette tentative de restitution de l'harmonie originelle.
Je crois que chacun porte en soi une musique de l'aube, et je pense que tout ce qui a vécu, vit et vivra au ciel, ou même peut-être ailleurs, à travers deux cent cinquante mille mondes.
Au début de la longue marche se trouvent réunis les antiques symboles et croyances de la Mythologie. D'étranges voyageurs cherchaient parmi les prophéties et les songes le mouvement, la direction et la vitesse de l'ombre des étoiles en feu. Une des grandes questions qui habitaient le peuple de la terre, c'était l'existence d'une maison éternelle au-delà de la maison terrestre. Ce qui eut pour résultat d'accroître le désir d'échapper à la corruptibilité des jours et des mondes. Ainsi tout ce qui existait ici existait ailleurs. Les visages de la terre voyageaient avec cette part d'ombre qui passait en eux. Ce fut en regardant à la source même de leur regard, qu'ils commencèrent à établir une correspondance entre la coupole de la terre et la voûte du ciel. Et la quête passionnée d'un dialogue avec la nature d'une éternité immédiate commença.
Les plus anciens êtres vivants sont devenus des dieux qui connaissent les innombrables aventures de cette planète.
Il y a beaucoup de pays dans le pays de la mémoire. Nos ancêtres ont célébré leurs rites sur l'autel de la grande forêt celtique. Maints coureurs d'aventures tendent aujourd'hui, dans une réalité transcendante, à déchiffrer des symboles qui ne ressemblent à rien de connu. Dans le ventre de la forêt, il y a le souvenir d'un monde enchanté. Les ailleurs sont tellement nombreux ! Dans le cercle de l'homme, chaque vie naît de la mort. Mais dans le cercle blanc de l'aube éternelle, que nous ne voyons pas, chaque être dérive et naît de la vie. Nous vivons aujourd'hui et nous revivrons. Sous de multiples formes, nous reviendrons.
Les êtres du temps du rêve étaient en empathie avec les vastes étendues inexplorées de l'autre monde.
La parole errante
Est une idée que l'on invente
Au fur et à mesure que l'on vit
Son ombre longe les murs
La lumière la suit doucement
Et ce qu'elle éclaire avec ses yeux
Disparaît avec des mots de craie
De pâles silhouettes s'en vont mourir
Dans le cocon de la nuit
La nuit s'éveille
Les étoiles pleuvent sur la terre
La lumière dans l'ombre se repose
Dieu est ton ombre, dit le psaume
Je reconnais la beauté des chemins déserts
Il manque un contrebalancement à l'informulable
La nuit est emplie de dialogues silencieux
qui n'ont pas encore trouvés ce qu'ils cherchaient
Impossible de dire de quoi est faite la part la plus obscure de notre être.
Mais elle ne nous lâchera pas sans connaître le sort qui nous est réservé.
Le vent qui glisse sur la mer encercle nos bras
La nuit est ronde comme la coque lisse et noire d'un sous-marin.
Frères ! Le lieu de l'intimité réflexive est un espace de merveilleux.
Les images s'insèrent entre les mots, les phrases, les idées.
Les pluies de fleurs n'ont rien à redouter de ces eaux sombres.
Les rivières voient dans le ciel des planètes mortes qui renaissent à une nouvelle vie.
Celle qui n'est plus et ne peut être n'est pas morte pour toujours.
Elle implique le renversement total de toutes les perspectives.
Je dormais dans l'aurore et j'ai vu courir un corps plein de soleils.
Il était poursuivi par toutes les blancheurs assemblées de l'aube.
On peut lire dans le regard d'une étoile toute l'émotion de la lumière.
Le moindre chemin d'eau dans le silence profond de la forêt
est sur le point de devenir une mer de lumière.
On ne peut voir dans l'insolite de la forme que des lieux clos, souterrains.
La question est de savoir ce que devient le lieu du surgissement, ce qui vient de naître, sa couleur, sa musique... Qu'en est-il donc de ce pur reflet du rivage de l'île ?
Rien n'a eu lieu que le lieu matriciel. Chaque individu contient le monde : tout est en un ! Le matin d'or du lieu de l'émergence est le seul cheminement qui lui est offert.
La chair souffrante d'un libérateur mystérieux s'est enfuie au-delà du temps, à tout jamais privée d'émotions furtives. L'univers existe par lui-même et trace sa ligne à travers les délices de la lumière et les terreurs de l'ombre.
Tous les éléments du monde du mystère primitif sont en lien. La course parallèle du désespoir et du bonheur est terriblement terrestre. Les deux effractions sont intimement liées.
Les murs et les barrières ne sont pas autre chose que des murs et des barrières. Laissons tout cela. Seule s'offre la clarté inintelligible de la forme idéale non réalisée. un clin d'œil suffit à changer le ciel turquoise en rétraction de l'infini.
Le monde fixe et centré est banni.
Les lieux et les directions s'étirent de tous les côtés.
Vive l'effraction ! Vive l'effraction !
Voici revenue la note insaisissable de l'enfance
Qui ne connaît de ce cri des vagues
Que le cri de la lumière qu'elle croit rêver
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