Une île et une étoile
Sont présentes l'une à l'autre
En s'unissant dans la mer
Très complices, elles ne laissent au ciel
Aucune possibilité d'initiative
La mer est un voyage
Et le voyage est toujours musique
Dans une nuit céleste
Plus douce qu'un vent vierge
Il détache les liens des captives
Les îles sont reliées entre elles, les étoiles aussi.
Mais il est des chagrins d'étoiles et des îles déchirées
qui ne prennent plus part à la mer du monde.
L'existence de l'impossible est de l'autre côté du ciel.
Il n'y a pas de monde idéal et innocent.
Tout est en exil, noyé dans le disparate chaotique.
Le départ vers les étoiles est une fuite sous l'impulsion d'un ciel désespéré et désespérant.
L'objet essentiel est une forme idéalisée, jamais une vraie expérience.
La vie des formes tient lieu de l'objet désiré mais inaccessible.
Déjà, la forme inscrite est sortie du songe, remontée au jour, ne laissant plus qu'une image fixe.
Pour sortir de cette impasse, il faut écrire, inventer sur les murs de nos appartements. Pour une idée, rien que pour une idée... Ecrire, peindre ou sculpter le pays de nos fantasmes. La naissance permanente, ça existe donc !
Ce sont les traces, la mémoire et l'absence d'un arc-en-terre révélé aux hommes par fragments éclatés.
L'ombre tranquille de la nuit éclaire comme un soleil à chaque pas.
La musique n'est musique qu'à travers sa capacité à transmettre le cheminement spirituel de la lumière.
Le cri des vagues construit réellement le cri de la lumière qu'il croit rêver.
Je suis convaincu de l'existence d'une autre vie. Son nom ? L'étoile-île.
La mer voyage avec ses îles. La mer, c'est l'incroyable déploiement d'énergie des îles outre-chercheuses, chercheuses au-delà de la recherche.
La vie est un voyage avec et dans un être originairement inconnu. Sans doute marque-t-elle une rupture totale avec le reconnaissable, qui ne peut être un moyen de recherche.
Rien n'est plus mensonger que l'œil de l'objectivation.
Ici et là, des mots de murs aveugles, mais point de langage,
ou un langage aux fenêtres murées, mais point de mots.
L'autonomie et l'intériorité sont les deux parties d'une même relation idéale de l'art à la terre ; l'une est la matrice et l'autre, la périphérie.
La beauté ne serait pas au commencement de toute chose, si la fin n'était pas importante en toute chose.
Est-ce l'homme qui a découvert cette terre ou est-ce cette terre qui a attiré l'homme ? En posant cette question, on ouvre un être nouveau sur l'aube, par une visualisation intérieure.
C'est au cœur de la forêt que les hommes de l'enfance se sont retrouvés pour naître de nouveau.
Le cœur de la forêt est l'endroit où l'aube de l'humanité de l'homme paraît.
Le monde est une émanation de Dieu. La venue à l'être, c'est ce que l'on nomme dans le ciel de sa couleur. Ce ne sont pas non plus n'importe quels mots ; ils viennent de dessous de la couleur qu'on trace à la craie blanche sur le mur peint en blanc. Dieu est consubstantiel au monde.
Dieu s'est fait dialogue et c'est nous qui écrivons Dieu.
La valeur sacrée de l'eau-esprit, comment l'avons-nous découverte ?
On ne peut pas choisir une forme de l'eau comme on peut choisir un coquillage.
L'attrait de la mer est une idée de forme pure qui fait son nid dans le bassin maternel.
L'un croit au ciel, l'autre n'y croit pas. Mais il y a l'idée de la mer entre eux.
comment arriver à l'unité harmonieuse et organique de tous les bleus du jour.
Derrière cette apparence d'être, il y a la trace d'autre chose.
Mais quoi ? Personne n'en sait rien, c'est au-delà de l'imaginable.
Les réalités invisibles n'ont pas de limites mais elles sont dans le monde.
L'intégration de l'invisible dans le représentable reste à inventer.
C'est une esthétique de l'effroi que je touche sur ce sable plat et humide.
Une étoile s'est échouée sur la plage, presque à l'endroit où la rivière
se jette dans le grand corps intérieur de la mer.
La pluralité des mondes habités est une idée puissante et merveilleuse, elle se place à l'intérieur de l'aube pressée de mettre de nouvelles couleurs.
Les habitants de l'île ignorent tout de cette pluralité des mondes, sinon qu'elle invite au sommet des vagues et jette un trait d'union au-dessus de l'ombre violette des arbres à un peuple d'étoiles.
Le temps intérieur de l'individu est à la fois distinct et non distinct de cette grande Île au-dedans ou au dehors ; d'où la coexistence éternelle du monde invisible et de la fonction spirituelle de la Terre.
La désignation de l'idéal nous appartient-elle encore ?
La vie n'est pas une mécanique à logiciels !
L'Autre, c'est ce que nous ne connaissons plus.
Quand la mer est dans le ciel, je suis en grande soif de regards.
Quand le ciel est sur la mer, je m'enfonce dans les flots du soleil.
Ce grand corps blanc avait de quoi nourrir chacun de ses nuages.
Rien ne devrait être caché.
Les ombres suivent la lumière.
L'esprit des nuages ne souhaite rien tant qu'une participation de l'être du ciel.
Pour connaître ces oiseaux lumineux, il aurait fallut oser entrer dans les champs brûlants.
Nul doute cependant, ces coureurs d'étoiles ont disparu dans le lointain. Pour aller où ?
L'incertitude de l'amour s'est perdue sur la terre.
L'indécision de l'amour est dans le monde sans être du monde.
L'amour le plus physique fait aussi intervenir le mystère de l'autre.
Je veux dire qu'il y a un point d'inconnaissance.
La disparition de la mère est mystérieuse, inexplicable
Il manque un contrebalancement à l'informulable
Mais je reconnais la beauté des chemins déserts
Celle qui n'est plus et ne peut être n'est pas morte pour toujours
Si j'avais dans ma mémoire son visage, son sourire
J'entendrais, je verrais celle qui vient, qui ne peut pas ne pas venir
Qui peut-être est déjà venue dans les profondeurs fictives du sommeil
Elle dormait dans l'aurore et j'ai vu courir un corps plein de soleils
Il était poursuivi par toutes les blancheurs assemblées de l'aube
Les couleurs du blanc
Ne se posent pas immuablement
Sur le bord des nuages
Ce sont elles qui creusent le silence du ciel
Dans les allées froides du petit jour
Une ombre rôde
Ornée toujours de la même pâleur
Quand je me mets à lui frayer un chemin
Elle n'est qu'amour au-dedans de moi
Tout au fond de moi
Sa désespérance est la mienne
Il faut que j'aille dans la chambre si chaude, si belle
Où l'on frôle une soudaine ombre de sa chair
Celle qui n'est plus et ne peut être
N'est pas morte pour toujours
Elle dormait dans l'aurore
Et j'ai vu courir un corps plein de soleils
Il était poursuivi
Par toutes les blancheurs assemblées de l'aube
Les eaux fœtales d'un lointain soleil disparaissent sous la forêt.
La forêt, ça parle au corps, ça donne à rêver.
La forêt est un temple à ciel ouvert.
Le sable des mots a donné le nom de forêt à cet oracle du vert.
Ici, comme partout ailleurs, le feu noir du vent du nord est inséparable du feu brillant du vent du sud.
Et maintenant, c'est cette étoile essentielle, elle-même, qui pleure un sang noir.
C'est la question à laquelle les surfaces matinales, inlassablement, s'efforcent de répondre.
Les lumières sous la surface sont les ondes exploratrices de l'inconnu.
La lumière n'est encore qu'une ombre approximative de l'île blanche première.
Le Créateur des mondes retrancha de l'infinité la place libre de la vie, puis il s'immergea lui-même dans ce vide immense, auquel il donna son étendue d'amour essentielle. Ce lieu de l'émergence est l'espace où l'on crée. Le souffle maternel de cette rétraction de l'infini n'en finit pas de préexister à sa naissance. L'Incréé s'est donc dépouillé d'une partie de lui-même, afin de s'incorporer dans ce monde. Les chemins solitaires de la lumière sont emplis de l'image de cette étoile mère, là d'où notre île peut en profondeur et mystérieusement s'engendrer elle-même avant d'être engendrée.
Pour moi, l'Incarnation n'est pas un dogme. Cette descente de la lumière dans la matière devrait être toujours plus libre, toujours plus ouverte à l'harmonie des formes de la nature. L'Incarnation, c'est le lien corporel de Dieu avec le monde. Commence alors l'errance. Dieu n'existe que dans le voyage et il y a autant de chemins que de voyageurs.
Or, je sais qu'il en va tout autrement chez les chrétiens d'église. Mais le Livre de la Révélation n'est pas, et de loin, notre étendue d'amour essentielle, et cette annonce de l'aube nouvelle ne serait elle pas préfigurée spirituellement dans le Grand Livre de la Nature ? S'il nous faut recevoir la Parole et s'il nous faut expérimenter le Signe, je préfèrerais qu'ils émanent spontanément d'un commencement de Libre Nature.
Je perçois le Commencement de tous les commencements, comme un sculpteur, devant le visage intérieur à mettre au monde. Je scrute les vides à l'intérieur des volumes, car il me faut savoir de quelle parole intérieure, secrète, l'objet sculpture est fait.
Je veux dire qu'elles ne parlent plus leur voix. L'objet sculpture est un imaginaire qui s'est concrétisé.
Si l'imaginaire de l'objet meurt, l'objet meurt aussi. Une fois encore, il s'est produit un divorce violent avec les possibilités de l'objet poétique et artistique.
Nous sommes dans un instantané sensible : la participation.
Et un instantané sensible est en nous : la filiation.
L'institution religieuse annexe la relation de l'homme avec le sacré, au lieu d'émanciper la meilleure part de son message originel en un processus de synthèse de l'imaginaire individuel et du réel collectif. Hélas ! L'homme asservi a toujours besoin d'une forme structurée, d'un système entre l'univers et l'immortalité. Généralement, la réalité spirituelle "d'en haut" dénonce la réalité matérielle "d'en bas", entendons "l'erreur, la faute et le crime". Or la vraie Réalité ne peut pas, ne doit pas être une calomnie de l'ici bas. Je n'en dirai pas davantage, mais je n'en ai pas moins eu le temps d'ouvrir en moi-même d'autres chemins.
C'est maintenant l'heure du point du jour, du point de fuite. Il faut d'abord se hisser sur le fond de la coque chavirée, puis laisser s'échapper les rayons nomades emprisonnés au-dessous. De ce qu'ils ont ébloui et de ce qu'ils éblouissent naîtra un ruisseau d'infini.
Les grottes souterraines retentissent d'étranges musiques. Elles peuvent encore me tenir à distance convenable des régions mystérieuses de l'inconnu. Je me demande à quel endroit de ces joies indicibles elles vont décider d'interrompre les appels au merveilleux. Mais même dans ce cas, d'autres instantanés sensibles peuvent courir un danger. Je pose sur les images des parois un regard plein de surprises. Arrivé là, il me faut recommencer à presser contre moi les silences de ces voûtes et des profondeurs de la caverne. je voyage entre l'inquiétant et le merveilleux. Ce serait folie que de suivre ce large couloir des ombres plein d'échos. De quoi s'enfuir dans l'obscurité de Tau Ceti ! Je vois là un petit clin d'œil de l'archonte. Je vois un monde en devenir un autre, dans une mangrove impénétrable. Le feu noir des grottes souterraines retarde le moment de prononcer le nom d'une multitude de mystères. Suis-je bien sûr de vouloir réintégrer ce nid de sublime désespérance ? Et je retarde le moment d'établir la somme des imperfections, des inachèvements soigneusement déposés dans mes ombres jusqu'à la fin. Il n'y a pas de blessures légères. L'ombre glauque de la mélancolie vénéneuse recouvre les paupières mouillées de l'aube.
Jamais le même individu ne se représentera deux fois dans le monde.
Chaque homme est le premier homme.
Le pavillon noir des frères de la côte brille plus clair que la blanche écume.
Et la question toujours posée est celle de cette lumière égarée.
L'utopie libertaire est un horizon sans dominations, c'est le retour du réel.
L'eau noire de la nuit est un alcool utopique
A l'attention des rôdeurs de l'infini
Ces points de lumière se sont ouverts comme des yeux
Et ils ont troué la surface nocturne
Les fiancés de la nuit tiennent la barre de guidage
Les villes ne devraient être traversées que la nuit
Dans l'espace vierge et pur du désordre des libertés
Leurs lumières enveloppent une obscurité
Qui ne veut pas mourir
Le monde est à tous les yeux
Qui le cherchent dans la nuit
La nuit fait entrer les hommes dans le mystère des correspondances entre l'être et l'univers.
Toutefois ce mystère relève moins des eaux d'en haut qui le créent, que des eaux d'en bas qu'il draine.
La caresse nocturne de l'air est calme et douce comme l'idéalisation d'une tendresse protectrice.
L'écrit du jour peut être statique
Toujours l'esprit de la nuit est mouvement
Poésie ! Nul ne peut retenir ce vent de la nuit irrésistible.
Il y a un secret sublime enfoui au plus profond du royaume mystique des formes de la nuit.
Je crois qu'une intense communication unit les étoiles, le vent, l'odeur des arbres.
La nostalgie de la surface maternelle marque le point d'où s'élancent les imaginaires et où s'arrête le rationnel.
Le climat de l'aube commence là où le point vert de l'étoile écarte l'onde des voies de la nuit.
Les rencontres furtives de la nuit nous remettent sur la voie des rencontres perdues. Il ne reste que ce grincement mystérieux d'une enseigne. C'est comme un exil intérieur, ça s'enveloppe dans une brume du soir.
Pourquoi l'enfance lumineuse et claire est effacée du monde ? Je continue à ne pas comprendre. Qu'on me comprenne ! L'enfant s'arrête soudain. Pourquoi ? Et contre quel obstacle ? Toutes les descriptions concordent hélas sur ce point : le rationnel prime sur les mystères, les secrets, les harmonies.
Pourquoi... Pourquoi... Est-ce que je sais pourquoi il y a deux sortes d'hommes : les voyageurs et les autres ?
La mer voulait dessiner dans la terre le rêve d'un autre monde. Mais là, parmi les filaments flottants d'une cité de l'aube, vers l'est rouge où plane l'oiseau du temps, un invisible naturel offrait, sous toute cette couleur de surface, une prise au septième joue de vent.
L'île est le point de rencontre idéal entre le ciel et l'eau. Rien n'est écrit, mais c'est ce que j'ai trouvé sur une île intacte et minuscule au milieu d'un grand lac bordé de forêts.
Une trouée dans les nuages éclaire déjà le long chemin du retour vers la Maison rouge de l'aurore. Si c'est bien là un avant-poste isolé de la Vie infinie, ou peut-être une chambre du Feu qui porte l'extraordinaire, son histoire est celle d'une fantastique course au Soleil, sous les paupières vertes d'une nature du multiple, jusque là centrée sur la seule rumeur étouffée de l'eau.
Elle est le germe, l'essence de notre ressenti. Aucune planète au monde ne pourrait être plus inattendue et plus définitive. Le mystère de l'aube reste entier. Chaque aurore est inédite. Comment exprimer l'inexprimable ?
Peut-être l'intimité obscure des origines de l'humanité nous a-t-elle fait retourner de mauvaises pierres. Il y a les lumières actives et les autres. Nous sommes des êtres en interrogation. Chaque être a son type d'amour et sa justification. La nuit est un souffle, un regard, une écoute qui nous ont profondément bouleversés.
Jusqu'où peuvent aller ces contrée d'étoiles avec leurs plérômes de rêve ? Elles ont les ciels, tous les ciels pour inventer autre chose, pour parler leur voix. Je vois à présent leurs grands yeux brillants s'emplir d'un bleu plus clair. Dans ce bleu, un visage connu ou inconnu : le mien ou un autre. L'espérance infinie des couleurs du bleu ne cesse de se combiner à la forme du mouvement, à la forme de la liberté.
La voie de l'imagination libre est toujours avec nous, elle ne nous quitte jamais. Là est l'avant-aube.
ANTICIPATION (l'inconnu et le possible)
Le paysage noir d'Alioth peut quitter à tout moment le champ brûlant des sept étoiles de la Grande Ourse. L'illimité, l'insaisissable surgissent de l'écriture minuscule de nombreux dieux étoilés. Dans le même temps que les messagers du soleil courent après l'infinité lumineusement noire de l'univers, ils perçoivent la couleur des pierreries de Procyon et d'El Nath récemment suspendue à l'arche. Et ils acquièrent ainsi la certitude que la promesse d'une nouveauté de la lumière est réalisée. La couleur dominante de l'astral, poussée à fleur d'étoiles, d'un seul coup, possède une réalité. Communion cosmique, accord direct.
Les villes ne devraient être traversées que la nuit
Dans l'espace vierge et pur du désordre des libertés
Leur lumière enveloppe une obscurité qui ne veut pas mourir
On peut imaginer quelque chose d'indescriptible, et même de plus en plus indescriptible. Ce vaisseau spatial étranger visitant la Terre, porte un tout autre regard et se rattache à une toute autre lumière. Nous connaissons seulement son ombre, car nous ne savons rien encore des profondeurs de sa structure biologique. Patience ! Les ports extraordinaires de l'espace vont s'ouvrir et tous les merveilleux visages du temps s'en iront plus loin que le vent.
Un poème-voyage, un poème-quête nous habite et nous obsède dès la sortie du sexe maternel.
Les étoiles vagabondes tendent à s'effacer. Et ce que les ailes du vent leur demande, c'est que surgisse parmi elles une pensée de l'inconnu inexplicablement inexplicable. Cydonia avait un cœur, une respiration, une voix dans le secret de son temps martien. Il me semble important que ce voyage-quête vienne de la terre nourricière et mortelle, que ce soit la circulation libre des rêves qui sorte les anciennes contrées magiques de l'oubli.
On ne peut voir dans la recherche de l'autre et d'autre chose
que la peur d'être oublié dans la longue nuit.
Ce fut l'une de ces dimensions maternelles qui amenèrent l'insolite de la forme-signe du rêve, au moment où Cybelle et Demeter, Isis et Korridwen, Orejona et Myriam avaient trouvé la féminité spirituelle de l'être.
Il faut donner à la nuit ouvrante
L'occasion de rencontrer la blancheur de l'ombre
Pour qui elle est faite
Des étoiles tombent du ciel
Leur souffle brûlant inonde le soir
Et l'ombre se double d'une autre
Le monde en devient un autre
Le voici changeant de cap
S'essayant au long souffle de la nuit
Je ressens comme toi, mon frère, un mal de vivre toujours accroché à cette ville, une difficulté d'être à l'endroit choisi où tout est programmé, bétonné. La cohue effrayante qui afflue vers la réalité normalisée me dégoûte de tout ce que je pourrais aimer. Ouvre le cœur de ta guitare, mon frère, et laisse le fusil aux meurtriers du monde et de la chair. Il y a beaucoup plus dans le mot anarchie qu'il n'y paraît. C'est un mot qui se place au cœur d'une déchirure. Refuser de soumettre l'individu à l'Etat est une chose, refuser de mettre la société au-dessus de l'individu, force la difficulté. Je déteste comme toi tous les pouvoirs plus que n'importe quoi au monde. Les sociétés "d'ordre" choisissent toujours l'impersonnel, la limitation contre la libre spontanéité de l'Unique.
Les compagnons de la nuit ne sont rien et ils n'ont rien. Tout nous porte à croire que la progression de leur désespoir bâtit un ordre en forme de désordre. Et pourtant, rien n'aura eu lieu, excepté peut-être un acte ou une parole d'anarchie et, l'instant d'un instant, cette ultime évasion vers la liberté et la vie.
Combien ignorent ou feignent d'ignorer que la demeure du noir est pleine de lumière blanche. A l'heure éblouie, ils opposent la part obscure. La surprise de l'aube pressée de mettre de nouvelles couleurs sera décrétée "bonne", tandis que le sexe liquide de la nuit sera dit "mauvais". Or la poussée vers le soleil commence la nuit. Tout au long de l'exploration nocturne de l'univers intérieur, notre amour de l'amour jamais ne s'arrête.
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