Tous les voyages ne sont pas le même voyage.
Je cherche à retenir celui qui me demandera de se laisser porter par les mots.
Le point du jour, le point de fuite est comme une île sœur qui traverse mon autre côté de la mer.
Si tu veux mettre le pied sur la réalité du fantastique, cherche d'abord dans la nuit des villes mystérieuses l'image de la barque blanche. Il y a quelquefois de la surprise dans la rencontre que l'on fait d'un bar de l'aube, au tournant d'un voyage de l'ailleurs.
Est-ce que tu as déjà essayé, au début de la déambulation nocturne, de ne pas écouter la plus extrême banalité des choses, mais au contraire, d'écouter l'obscurité lumineuse - là est la tendre douceur d'un clair de nuit, là un son nouveau.
Mais li ne s'agit là que d'assurer une préparation mentale à la réalité du fantastique et non la révélation de l'inconnu, de l'inexpliqué. Tentative ou tentation d'échapper au vide blessant de l'utilité immédiate. Savoir enfin l'enfance du monde !
L'ombre projetée est celle d'une visiteuse de lumière. Mais si tu n'a pas compris à la seconde où tu entrais, détourne les yeux, ce serait folie que de chalouper vers ses murmures intérieurs.
La vraie vie idéale est au-dedans, mais elle ne peut subsister sans les surfaces matinales. Quelles vies peuvent avoir des mots et des images ? Est-ce que les mots du poème ont une chance de vivre ?
Or, tout le réel n'est pas forcément matériel. Une infinité de soleils le proclame.
La très pure émotion de l'amour est à vivre, mais qu'attendre d'autre d'une rencontre de chair et de vie ? A travers la vitre d'une lointaine chambre d'hôtel, je n'ai de regard que pour les possibles images suspendues dans le ciel des mots.
Les mots du poème sont alignés sur d'étroites terrasses et chacune des bribes de la phrase décrit une courbe douce. Il n'y a rien à comprendre et tout à ressentir.
Qu'est-ce que le sourire, s'il n'est qu'un regard et non un être ?
L'obscure plage incandescente de l'amour est celle qui parviendra à n'habiter jamais que ses sources opposées aux terreurs du ciel.
En toute femme, il faut voir la forme-signe du rêve.
Il y a de la clarté dans le regard, il y a une étonnante fraîcheur dans le toucher
et aussi un frisson nouveau, parallèlement à la blancheur de la chair neuve.
S'échapper. Choisir sous la surface une image d'elle. Et revenir à chaque éclat de son regard, de son silence. Refaire de l'intérieur l'itinéraire d'une nuit imaginaire et d'une rivière de solitude miroitante et diaprée. Se glisser dans la lumière de sa chambre. Ecouter son cœur, ses yeux, sa vie profonde. Ecouter d'où vient l'étoile vivante dans sa poitrine et où elle va.
Toutes les voix qui parlent d'amour sont des voix différentes que l'on refuse d'écouter ; tout concourt à ce long silence qu'est le déni de l'imprévisibilité.
Il y a aussi une échappée en périphérie dans ce monde automatisé, suivie d'une hantise extrême à l'égard de la verticalité de l'ordre.
L'exaltation de l'anarchie est la plus définitive de toutes les preuves d'amour que ce monde nous ait donné.
La révolte libertaire est un vécu intérieur de cette violence d'amour produite par l'émotion du moment.
Il y a un besoin d'infini dans notre tête qui abhorre l'argent, le manque de tendre.
Où y a-t-il encore un lieu de toutes les utopies, de toutes les jouissances où l'on puisse exister réellement ensemble ?
Cependant, il reste de la place sur une île encore chaude.
Il suffit, pour entrer dans l'île, de dépasser l'opposition immédiat/éternel et de se laisser porter par les mots d'amour.
Exprimons-nous ! Parlons notre voix !
Mon frère ! Tout le ciel nous regarde immense d'étoiles. Les vastes étendues inexplorées de l'autre monde sont la vie et je déplore l'impossibilité où nous sommes, faute de savoir rendre le métaphysique physique, d'atteindre l'invisible dans l'origine.
Il y a tant de cris de la lumière jamais formulés. S'y ajoute l'étrangeté radicale vers quoi tendent tous les appels des ailleurs. Ce sont les terres non écrites qu'on n'a pas encore vues et qu'on ne connaît pas.
Une nouvelle haute étrangeté s'annonce, celle des naufragés de l'espace. C'est ce qu'on appelait jadis l'ère des chariots de feu, marquée par une révélation du divin sur la terre. Elle est d'ailleurs parallèle à la nôtre, même si sa pluie du dedans est plus abondante de vin d'étoile.
Ces longs traits de feu dans la couleur totale du bleu seraient-ils l'eau de la pluie de Dieu ?
On peut multiplier les questions à l'infini. La vie est un long, infiniment long processus dans l'univers. Dans le secret de la nuit, elle propulse des intelligences parallèles venues d'ailleurs, dont les observateurs terriens attendent l'illumination.
Le peuple du ciel est un peuple de voyage et nous sommes sa possibilité d'errer.
Cet invisible caché dans le visible, qui est-il et qui n'est-il pas ? La voix des étoiles, je crois, lui est promise comme un voyage initiatique de l'esprit emporté au loin par le rêve de l'être unique. C'est une rivière noire et d'or que les mers de l'espace n'ont pu retenir sur leur pente de nuit cosmique.
La nudité de la nuit donne à voir le cosmos grouillant de vie.
A partir de cet instant, quelque chose me dit qu'il n'y a pas un lieu de la rencontre, mais plusieurs : toutes les faces, toutes les surfaces du ciel sont possibles. Ce qui fait que je ne sais plus où tourner mon regard, tellement l'intensité des silences déplace.
De deux choses l'une : ou bien nous venons des mers de l'espace, et maintenant n'est pas maintenant mais avant ; ou bien nous ne sommes pas encore venus au monde, et ici n'est pas ici mais ailleurs.
Il n'est qu'un lieu où tout arrive, c'est la clarté imprécise, secrète, imprévisible.
J'ai la passion de l'inconnu. La sortie matricielle, je le sais bien, est toujours une expérience risquée. Mais le goût de l'infini se faufile entre les moindres failles. Je sais aussi qu'il faut explorer plus loin, chercher un univers où rien ne nous ressemble.
Ici commence le climat de l'aube. Le cheminement est différent car les résonances du ciel et de la terre interviennent au moins pour autant que l'interprétation terrestre et donc purement humaine de notre être.
Le goût de l'infini trouve sa propre expression dans d'autres dimensions de l'être. Il y a le monde dans lequel on vit et il y a celui pour lequel on ouvre les sources. Je mesure le paradoxe de l'endroit. Il y a deux approches distinctes et cependant complémentaires, celle de l'infini et celle des points périphériques ; l'une en face de l'autre - devant le mystère de la naissance et de la mort - traduisent à la fois l'étonnement d'être et la surprise d'exister.
L'effet de surface n'a qu'une dimension. La matière, l'espace, le temps que nous éprouvons s'échappent. Vers où allons-nous ? On croit entrer dans la forêt-monde, mais c'est elle qui entre en nous, à un autre niveau d'être.
Un autre monde commence. Le monde en devient un autre. Lequel ? L'imagination poétique fait naître ce qui n'est pas encore.
Le monde de notre réalité a-t-il déjà cessé d'exister ? Et comment sommes-nous arrivés ici ? Une chose est certaine : l'esprit de la forêt-monde existe en dehors de sa matérialisation. D'ailleurs, nous avons vécu sans le visible en communion d'amour avec les mondes.
Le cinquième jour, le cœur se mit à battre. Mais les paupières ne se rouvrirent qu'entre le cinquième et le huitième mois.
Un ciel sombre et orageux recouvre cet intervalle physiquement nécessaire au passage douloureux de la matrice à l'air libre.
Il y a des secrets dans les étoiles. L'au-delà et/ou l'au-dedans, c'est tout un.
Toute explication du monde arrête l'idée du monde.
Les étoiles et les dieux sont d'une autre nature et relèvent d'une autre esthétique.
D'abord éprouver, ressentir. La passion de l'inconnu, ça ne s'explique pas.
Les chemins intérieurs ne sont pas programmés. Tout est neuf et sans cesse renouvelé.
La terre est un laboratoire d'idées. Nous ne connaissons que ce qui est connu de tous et le mystère reste entier.
Les soleils nocturnes de l'île d'utopie apaiseront notre faim de vraie lumière.
Le retour des moments perdus est un emmêlement de cris. Ici pleurent les cris des vagues auprès des cris de la lumière. Les grottes souterraines retentissent soudain d'étranges musiques. Est-ce le retour des anciennes contrées magiques ? C'est à quelle heure la poésie ? Il faudrait avoir l'amour de l'amour pour accrocher à cette source.
La grotte initiatique est incrustée en chacun de nous. Pourquoi, alors, n'a-t-elle pas accompagné nos efforts vers la lumière ? Qui sommes-nous ? Et qui nous fait ? Le point du jour, confiné au seul système solaire, n'est plus qu'un point de fuite, qui laisse derrière lui le couloir blanc de la nébuleuse originelle.
Il s'est produit un divorce violent entre l'état organisé et l'état premier ou état de nature. C'est l'exacte raison pour laquelle le monde du mystère primitif est un univers de rêve à jamais disparu. Est-ce que l'homme a découvert cette terre, ou est-ce cette terre qui a attiré l'homme ? En posant cette question, on ouvre un être nouveau sur l'aube par une visualisation intérieure.
Dès la sortie du sexe maternel, le cœur de l'âme s'est fondu en une peur d'être oublié dans la grande nuit. Déjà, la nostalgie du grand territoire nous hantait et nous accompagnait. Que savions-nous des chemins de l'aube ? Tout en haut, l'eau des yeux était le grand Point. La limite incertaine des profondes nuits nous reliait à la course effrénée des étoiles.
La mer est dans le ciel de chaque étoile. Comment pourrions-nous en douter ? Une île ne peint pas une couleur distincte de la mer céleste qui la conçoit, même si elle est une lumière distincte de l'étoile qui l'illumine ; plus elle est confrontée à la zone du vent, du soleil et des étoiles, plus l'île de l'île enlevée, élevée est Une, du macrocosme au microcosme, et elle est le signe de l'invisible, étoile flamboyante d'un autre discernement dans tous les lieux.
L'union des deux rives ne font qu'une, à partir de laquelle pourront être perçues, en nombre indéfini, de nouvelles interactions de l'ombre et du silence, du souffle et de la forme, de la limite et de l'illimité.
L'au-delà a existé, il nous faut établir ce qui s'est passé ensuite. Et qui cela peut-il bien être, sinon la voix intemporelle d'un autre monde, qui circule dans l'ombre de nos émotions. Pourquoi meurt-on dans ce couloir des ombres, sinon pour mieux se transporter.
Une humanité future parviendra peut-être à vivre sur un autre plan du réel et à voyager entre les étoiles.
Il suffit, pour entrer dans le non-spatial, de dépasser l'opposition immédiat/éternel.
Cela commence avec la foi primitive de l'enfance, la mer blanche de l'aube ! Mais cela finit aussi avec le passage de la vie en liberté à la vie en ordre, l'aurore virginale !
Le royaume pur de l'enfance existe quelque part. Dans le ventre de la forêt, il y a le souvenir d'un monde enchanté, particulièrement attentif à l'horizontalité de l'arbre-mère, presque imperceptiblement creusé en embarcation salvatrice.
Tout est emporté au loin dans l'ailleurs, dans l'intemporel, et le sera toujours. C'est dans le cadre de cette nuit pénétrante que se déchaînent nos envies de repartir vers la mer ou vers le ciel, les planètes. Pour preuve : Elie fut emporté au ciel sur un char de feu et, fort de cette part surnaturelle, il rompit les contraintes et se projeta au-delà.
Voici le bleu au fond des bleus, qu'ont choisi les fiancés de la nuit. C'est lui qui donne la vie et les émotions de cette enfance de l'être, dont il nous faut bien apprendre le langage longtemps rêvé en secret. Nous choisirons l'amour parce qu'il est la meilleure part du monde, notre infini.
L'esprit de la nuit rend mystique. Si j'étais île, j'irais ailleurs. Or, l'Autre Monde c'est celui-ci ! La mer immensément bleue refait de l'intérieur l'itinéraire de ses îles. Changement de cap : la vraie vie idéale est au-dedans. C'est à l'intérieur du corps que se déroule le mystère physique.
La terre est née du ciel et les hommes sont nés de la terre. C'est un élan spirituel vers la lumière-liberté au dedans, au profond - non pas sans corps et sans forme, mais bien ancré dans la chair tendre de la vie.
Tout se passe comme si la vie était coupée en deux : l'impossible et le concret (ce qui signifie qu'elle est en définitive séparée). Elle a encore heureusement ses nuées sur la haute mer. Et là haut ce soleil de l'imagination qui brûle à l'intérieur.
L'odeur de la pluie se niche dans le vent comme si elle était dans tes cheveux en désordre.
D'où viens-tu vers moi ? Où sont ta maison, ta vie, ton île de chambre ? Où t'en vas-tu ?
J'ai besoin de la course éternelle de tes yeux clairs. Raconte-moi l'enfance de toutes les enfances.
Le chemin des îles que j'aime. Le bord de mer qui se dessine dans la terre.
Raconte-moi le beau visage de leur rencontre sur une plage.
Tout autour de la terre, ce sera un long voyage par les mots et les images imaginées derrière le miroir.
nous observerons et identifierons le rite cosmique, tout le rite cosmique.
Le soleil intérieur pour continuer l'errance intellectuelle.
Le souffle du vent fait jaillir les étoiles et la lumière perce d'un cri leur nom.
On y apprend comment elles éclosent dans l'incantation retrouvée.
Qu'un seul quartier, une seule rue, une seule maison leur soit ôtée
et ce serait la fin de cette aurore naissante.
Je suis tranquille.
le monde redevient pur et je me reprends à espérer.
le regard et le rêve d'un enfant avant que la vie en moi s'éteigne.
Les pas que je fais font courir les avenues bleues.
Jamais les formes follement douloureuses qui m'entourent ne fixeront le chemin d'où je voyais arriver un peuple d'étoiles.
Je sais ce qu'est la fleur engourdie de l'aube, enfouie au plus profond de ce sable mouillé de bleu.
Je sais ce qu'est le rite de commencement des formes sculptées.
Je sais ce qu'est le rite de transition des formes peintes.
Je sais ce qu'est le rite d'achèvement des formes dessinées.
Belle est la respiration de l'amour, où l'on peut, avec étonnement, ouvrir au monde les plus beaux rêves.
A partir de cet instant, je serai dans sa chair pour l'ouvrir et l'ouvrir encore.
Belle est la respiration poésie, comme une longue, infiniment longue source abondante.
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