Le moment de l'écriture se présente, en poésie, comme un mouvement intérieur
 semblable à une pulsion amoureuse très douce et sensible.  




Si j'avais au départ une nébuleuse assez précise, j'ai dû constamment improviser.
Parce que l'action des idées est au dehors et parce que le silence intérieur est au loin. 

J'ai longtemps regardé ma feuille de voyage avant de trouver le chemin dans l'écriture. 

Par un ciel d'encre, j'ai aperçu de minuscules cristaux
tournant en rond dans l'espace comme pris de folie. 

Avais-je la moindre chance de retrouver la trace de l'émerveillement infini ? 

C'était comme de vagabonder avec des êtres fantastiques dans les couloirs de l'intermonde,
ou peut-être même, davantage, comme de concevoir le rêve d'une fusion dans l'universel.




Quand toute surprise émerveillée de bleu, de gris, d'argent est inexprimable.
Quand les étoiles nous regardent et quand nous regardons les étoiles.
Quand l'ordinaire des jours rompt les amarres.
Quand le bleu éclaire la nuit.

Quand les dunes sculptées par le vent épousent la surface de la mer agitée.
Quand les ailes du vent voyageur nous rejoignent, sur terre, pour nous enlever.
Quand la solitude nous projette dans ses chemins hasardeux et confus.
Quand la lumière du ciel meurt bleue noire. 

Quand la circulation libre des rêves vient nous faire partager ce qu'elle aime.
Et quand l'expression toute simple d'une larme du quotidien approche au plus près l'énigme de l'amour.

Quand les profondeurs fictives du sommeil oscillent sans cesse de la bourbe à la clarté
Quand les grottes souterraines retentissent d'étranges musiques.
Quand la nostalgie du grand territoire nous hante et nous accompagne.

Quand le travail du sculpteur dans l'atelier est une expérience ou une action.
Quand les mots-images pleuvent de partout.

Quand le point invisible de la cellule initiale plonge dans le secret de son temps martien.
Quand l'attente d'une lumière, d'une chance s'élance vers le lieu de l'Autre.
Quand la lueur alternativement jaune et rouge du phare éclaire la route des naufragés. 
Quand une île orpheline de la mer cherche la main du ciel, une direction.

Quand une planète, seule et perdue, assiste à la ronde inéluctable de ses débris spatiaux.
Quand la peur d'être oublié dans la grande nuit nous rappelle qu'il n'y a pas de blessures légères.

C'est quand il fait noir, c'est quand il fait peur que les îles se relient entre elles, les étoiles aussi.




Demi-pénombre

Je rencontrai un soir le beau visage de la terre. 
Et je nageai dans le ciel vers l'infini
Pour y planquer mon île, ma chambre, mon dessin.

Je me souviens de toi mon île sœur.
C'est en toi que s'est incarné mon chant libre.

La force de vie n'est qu'un surgissement qui ne sait pas encore
Que rien de tout fait ne nous est donné.

Nous, qui avons la liberté d'être seuls de notre espèce
Avec notre chemin, notre point de vue, notre vérité,
Qu'avons nous fait pour le monde ?

Que sait-on de la peur effroyable des coups destinés au corps de la forêt ? 

Le Seigneur inconnu du "pourquoi-comment" de la vie nous offre l'existence
Et il nous faut la rendre complètement.

L'aube jaillit et l'étoile cernée par l'eau céleste meurt 
Sans savoir la clarté située à des millions d'années-lumière de son sanctuaire.

L'expérience de renaître est de notre responsabilité, mais le désir de naître vient de plus loin que nous.  

 




L'autre rêve des étoiles

L'endroit précis où le ciel et la terre se rejoignent peut être un lien mais aussi parfois une barrière. 

Ne voit-on pas qu'il faut changer la ligne d'horizon ?

 La voix des étoiles est celle de l'Être unique, qui unit dans une même signification l'Être et la Matière.

Je reconnais cette écriture de la lumière déjà incluse dans la pénombre crépusculaire.
Il me faut atteindre les surfaces verticales de ses hautes vagues au langage clair.

La Matière apprend les chants de l'Être, et l'Être c'est l'Infini. 
Un fil presque imperceptible lie les deux voyages, dont il partage la vie d'errance.




Il se peut qu'un jour, à l'autre bord du ciel, tout un peuple d'étoiles décide de réintégrer le lieu de sa naissance.
L'espérance de tous les actes qui nous sont possibles, n'aurait elle pas pour origine, au lieu de "l'au-delà" : Tout de Suite ?




Ukraine !
Ce sont tes racines de terre et de chair
Qui conduisent la course
De tes chemins de la liberté.
C'est ainsi que des hommes ouvrent grands
Tes yeux et ton cœur.
Les assassins de raisons et de vies
Savent-ils encore
Que le cœur de ton âme existe ?
Leur déluge de feu et d'images d'atrocité
Se répand comme un fleuve d'ombres.
Ukraine !
L'aube bleue verse une pluie d'étoiles
Qui atteindra la haute note jaune
De tes blés lunaires.
C'est le cœur de ton âme
Avant la naissance
Qu'on entend battre ici.






L'arme de l'art sera notre seule, unique et vraie trajectoire d'espoir face aux totalitarismes.

L'art fait partie des armes de résistance.
Tout est à faire par les mots du poème.
Et tout est à dire par les actes de la poésie.

Regardez comme il est dangereux de venir au monde.
Regardez comme on conduit la course des meurtriers du monde et de la chair.

Tout peut être changé de ce que nous sommes et faisons,
ou bien c'est à désespérer de tout.

Voici revenu le temps des assassins !

L'arme de l'art sera notre seule, unique et vraie trajectoire
d'espoir face aux totalitarismes.





Je défendrai la liberté, et par dessus tout la liberté d'imagination.

Un cœur qui change est habité de mots.
Et les mots transforment sans cesse les idées.
Et le voyageur veut les saisir, à chaque instant, toujours différentes. 




La course des idées à la surface des mots allait de travers,
dans ce foutu poème surpeuplé de semeuses d'ombres.




Résistance et Opposition

La libre expérimentation des idées est la seule solution.

Dans le mot anarchie, il y a une soif irrépressible de vivre et d'aimer.
Surtout ne jamais rentrer dans les ordres, dans les rangs.
En périphérie, toujours, l'anarchie est écartelée entre l'ordre et le désordre.

Il n'y a qu'un seul vrai rapport à la vie de la pensée,
c'est la recherche personnelle et indépendante de la vérité.

Il faut toujours se dire que nous vivons d'inédites secondes.
Chaque homme est le premier homme.

INCESSAMMENT

L'étrange habite ce monde dès le premier regard vers le ciel. Celui-ci entend le lumineux, tandis que celui-là regarde l'obscur. Et toujours, de toute façon, c'est déjà le ténébreux qui s'exprime, c'est la chair du monde soumise aux reflets sombres des anciennes contrées magiques. Mais c'est aussi la fulgurance des éclairs, qui se veut nimbée de mystère, qui se cherche au-delà de l'ailleurs, comme au-delà de l'ici, qui projette de voyager l'enfance de toutes les enfances. 

Je n'ai jamais pu quitter l'émoi de l'enfance sans espérer revenir à une parole intacte de mondes.

Plus j'y réfléchis, plus il me semble que le visage de l'aube
tendu vers ce point de source éternellement brumeux,
commence à entrouvrir une forme non-forme
en lieu et place de la structure prédéterminée.

C'est là qu'apparaissent les bras amoureux de la forêt,
mais tout ce qui se trouve autour de moi s'effondre dans des fossés boueux. 

Les feux de la chambre nocturne de l'inframonde sont merveilleusement plus séduisants
que la lumière annonciatrice de l'aube.

Où s'arrête le rêve d'une pénétration dans l'Univers Total ? 
Où s'arrête le secret des sources ? 
Où commence la Grande Lumière d'un disque solaire ailé? 

Il n'y a pas d'amour absolu, et qui saurait prononcer cet accord initial pressé de s'affirmer ? 
Ce ne pouvait être que l'éclat phosphorescent des diamants de sable. 



Le monde sans l'Autre ne respire pas, il n'a pas d'être.

Que s'est-il passé entre l'origine et l'extrême ?
Quelque chose manque.
L'Autre, un autre Temps peut-être.
L'absence de quoi ? De la distance ?
C'est à quelle heure la communication ?

Derrière les émotions diverses de notre puissance de vivre, se cache le premier instant de la première rencontre - mais d'abord le sentier de la quête est proposé, jamais imposé.




Panthéisme et Poésie philosophale

Tout reste à découvrir dans l'incohérence harmonique des phénomènes de l'apparence.
Il suffit, pour entrer dans cette île aux mille signes, de dépasser l'opposition immédiat/éternel. 




Chaque être a sa relation d'amour : pour pleurer vert, l'arbre se change en rivière,
mais le mouvement qui l'habite relève davantage de la vitesse que de la direction.



Il y a dans chaque individu une parole intacte de mondes.
C'est pourquoi chacun est important.
Mieux : chacun est essentiel à l'autre.

Je veux parler métaphysiquement de l'existence de quelque chose d'autre qui s'ajoute aux éléments.



Le chemin d'une idée visuelle s'apparente à celui d'un instant-fenêtre aux abords de la nuit.




L'identification précise est en quelque sorte notre prison d'esprit.

Il y a quelque part dans ma vie un bleu de ses yeux où je n'ai ni passeport, ni papiers, ni portefeuille.




La nuit reste le seul moyen infaillible de découvrir la terre.
Je veux dire qu'elles alternent dans la tragique aura des voix de ce monde. 




La peur d'être seul dans la grande nuit est justement là où habite l'absence.

Les hommes qui refusent obstinément l'idée de Dieu
se découvrent incapables de se délivrer de son absence. 

Nous ne savons pas qui nous sommes, où nous sommes de l'enfance jusqu'à l'âge adulte.

Nous sommes tous préadaptés à un invisible voyage.
Où ? Comment ? Dans quelle circonstance ?
Là encore, aucune réponse n'est possible.




Les rapports entre l'art, l'amour, l'absolu sont toujours très étroits. 

Aimer quelqu'un, c'est découvrir les rapports de sa propre puissance et de sa propre fragilité.
Et puis l'essentiel, une transfiguration du réel.


___________________________________________________________________________________


L'indicible féminin

Derrière le bleu plus profond de ses yeux, il y a la préférence désespérée pour les instants.

Odora di Femina

Tout respire l'odeur et garde son goût à même la terre nue.



Je n'aime pas ce ciel sans étoiles et sans lune.
D'ailleurs je n'ai jamais rien su de son désert d'expression.

Je préfère la très grande nouveauté des sensations-émotions hasardeuses.
C'est justement là, dans cette large avenue pleine d'échos, dans cette vibration plus secrète, qu'il faut donner voix aux étoiles. 

Je veux voir les êtres et les paysages autour de la grande place libre de la vie, afin qu'ils aillent les uns et les autres jusqu'au bout de leurs lignes de fièvre. 

________________________________

Il y a dans certains coins de cette forêt-monde un secret enfoui au plus profond.

Il est impossible de ne pas percevoir un chant d'étoile perdu et retrouvé dans un rectangle de nuit bleue.

Est-ce qu'il n'y a pas ici une dimension spirituelle et d'autre part, une réalité essentielle sous-jacente ?

_________________________________

Les fenêtres blanches éclosent.
Puissent-elles amener l'aurore de vie,
bien loin du lieu où elles ont été perçues.
Leur matière poétique, c'est d'abord l'amitié innocente des mots de minuit.
Mais il en faut beaucoup pour que la lumière avance plus belle et plus nouvelle.




Les liens humains se côtoient. Et pendant ce temps, rôde une fin du monde oppressante autour d'eux.

C'est quoi écrire ? Qu'est-ce que ça change ? Mais il faut écrire tout ce qu'on peut écrire dans l'ombre et dans le soleil. Pour une idée, rien que pour une idée. 

Il y a un artiste potentiel en chacun de nous.
Il y a surtout des lieux du regard pour qu'on puisse se rencontrer. 




L'autre monde a ses forêts et ses sources : les nôtres.

Un matin de dimanche à Nice, entre une enfance et la vie d'adulte, j'ai projeté de partir en voyage vers le pays de Jonathan Livingstone.

La matière poétique, c'est ça : c'est ce qu'on transporte bien loin du lieu où elle a été perçue.



Est-ce qu'il n'y a plus d'existence pure ?
Est-ce qu'il n'y a plus de sable vierge ?

Le besoin d'absolu des hommes est tel
Qu'ils suivent une lumière imprécise, secrète
Jusqu'au plus profond de la nuit

Interaction des mondes : La circularité de l'interne et de l'externe.

Le secret sublime de l'altérité repose sur la conviction que la matière est une concrétisation de l'esprit.

Les annonciateurs de l'aube continueront leur projet, malgré la fragilité de leurs yeux de chair.

La connexion avec l'étendue intérieure est primordiale. 

La beauté, la joie, l'amour ne sont pas l'apanage de la religion sécurisée et sécurisante.




Bar de l'aube

Qu'elle était belle l'heure du rêve
Quand l'étrange étrangère était seule à bord,
Debout sur le pont et en allée avec la lumière et les formes noires.

Belle est la visiteuse de lumière
Qui ouvre un être nouveau sur l'aube.

Aucun alcool utopique, que je sache, n'a connu voyageuse secrète semblable. 

Tout fut silencieusement pur.






Parmi les îles et les terres, il en est une qui a épousé un regard de source d'avant le temps. 
C'est l'enfance de toutes les enfances du monde, où nous allons enfin nous perdre
dans tout l'amour de la pierre.

Il me semble que l'objet poétique et artistique garde au fond de lui un reflet de la forme primordiale et universelle de la terre. 




Chacun a sa propre mémoire de ses étonnements, de ses émerveillements...

Chacun a sa propre mémoire de la pierre du visage et de sa clarté argentée sur le sable fin de la première enfance. 

Enfance est le nom de toutes les idées que nous avions rêvées.
Enfance est le nom d'un pays de la Terre pure.




Je veux croire que tous les êtres se sont aimés d'enfance
et qu'ils pourront un jour faire beaucoup l'amitié.




Passagères de la nuit

Dans les brumes sombres
Les passagères de la nuit sont sublimées à chaque seconde
Par les regards que des ombres d'hommes posent sur elles
 




Le sexe met en jeu l'ombre de la mort. C'est l'apparence animale.
Tandis que le visage par lui-même exprime quelque chose d'éternel. 

Il y a une apparition du visage, c'est-à-dire un au-delà de l'amour sur terre comme au ciel. 

Les réalités mystérieuses de l'amour le plus physique
explorent la magique pureté de l'enfance
vers quoi tendent toutes les ailes du désir. 



Chair souffrante

J'ai voulu faire une saisie directe, immédiate de la vie de n'importe quel visage qui est dans la mort. 
J'ai voulu faire une rencontre dans l'aube de n'importe quel paysage de la mort qui est dans la vie.

La chair souffrante se détourne des méandres d'une rencontre amoureuse.

C'est toujours ce regard du repentir
qui nous porte à chaque seconde
comme au bout d'une nuit de soi-même. 




Vents sombres

La vision qui s'imposait à mon esprit touchait aux bornes terrifiantes de l'inframonde. L'endroit était rempli de têtes sans visages. Il n'y avait là encore qu'une zone indécise, et ce foisonnement d'univers invisibles était nécessairement encore à déchiffrer. 

La haute mélancolie de la pluie noire recouvrait l'aéroport tristement désert.
Tout était figé dans l'instant encore sous l'émotion d'un  éclat de lumière factice.

Quels étaient ces si beaux yeux, pourtant, que de sombres vents avaient laissé échapper quelque part et qui s'apprêtaient à construire dans des bras amoureux ce chemin d'étoiles ?   

La nuit pénétrante avait besoin de cet acte spirituel de la lumière secrète qui jaillissait mystérieusement de l'intérieur.




Les chercheurs d'invisible se reconnaissent entre eux. Ils sont pareils à ces chemins de feu qui, en bordure de la mer, veillent à ce que brûle le soleil de l'imagination, sans jamais disparaître au milieu des sept étoiles de la Grande Ourse. Ils ont le visage nu de ceux qui veulent toute l'imprévisibilité à la place du vide blessant de l'utilité immédiate. 




Forêt cosmique

Que sait-on du pouvoir de l'infini imaginaire humain ?
La croyance, c'est quoi ? C'est la connaissance que la connaissance préfère oublier.
L'esprit très aventureux de la nuit laisse parfois entendre la réalité spirituelle de cet univers. 
Certes la corruptibilité des choses et des êtres se laisse happer par le dénouement de la mort. 
Mais le visible n'est que l'apparence. Le ciel de la terre plonge cependant dans l'invisible et entre en dissidence. 

Dans tous les cas, c'est la profonde unité métaphysique qui est en cause.
Nous ne savons pas rendre le métaphysique physique parce que nous ne savons pas atteindre l'invisible dans l'origine. 

Les certitudes mystérieuses d'un poème ne sont rien d'autre que le développement d'un rêve d'éternité.
Sans doute recèlent-elles, par delà la réalité palpable, la part transcendante de la vie charnelle et temporelle. 

Les soleils ne désespèrent pas de la mort des mers,
Mortes jeunes de l'autre côté de la mort, avant la mort. 

Les vies et les intelligences du cosmos sont les voisines de notre galaxie.
Elles sont surtout un dernier écho, après la mort des mers, à l'infinité. 




Les oppositions de la lumière et de l'ombre ne s'appliquent pas en toute exactitude à une parole intacte de mondes. Il s'agit maintenant d'apprendre à lire en blanc sur le noir afin de rendre le visible à son invisibilité. La transparence native perdue doit être retrouvée parce que perdue. 

Rien dans les voies de la nuit ne nous est étranger. 
Nous avons été, nous sommes et nous serons.
Dans des temps futurs l'avant-naissance se répètera. 
Rouge sur le sable de couleur noire. 


Tabou 

Le noir est incessamment sublimé à la lumière.

Le système correcteur rappelle aux vibrations lumineuses qu'elles ont tort  d'émouvoir  l'éclat lumineux des lèvres secrètes sur lesquelles leur regard se pose et dont elles ne doivent jamais rien chercher à savoir. 






 Dans la rue les ombres font de la poésie.

Comment t'appelles-tu ? D'où viens-tu ?
Où t'en vas-tu ? Parle-moi à l'oreille ; nous rions.

Dans la rue le besoin d'amour affleure à tous les moments. 

Il faut être ombre et être très seule pour dessiner la forme juste dans la caresse. 





Il y a de mystérieuses correspondances entre ce côté-ci et l'autre côté.
L'éclat des miroirs de la nuit m'a souri et, par la fenêtre des mots,
j'ai cru percevoir un lieu encore inexprimé.




Toutes les idées, mots-images surtout, ont eu sept ans un jour. Si l'on pouvait retrouver leurs origines oubliées et reconstituer le parcours de ces aventures vers l'absolu que l'adulte a laissées de côté, peut-être alors que tout pourrait être changé de ce que nous sommes et faisons. Sept ans ! Ce n'est pas seulement la moitié de la vie d'un enfant, c'est quelque chose de plus grand qui insuffle aux enfances de l'homme le goût des rivages de l'amour total et des départs vers l'absolu. 




J'avais désiré être à ce lieu de la rencontre un voyageur à part entière, mettant à cette recherche de l'autre ou d'autre chose autant de tentatives d'échapper à l'environnement adulte que pour toute autre tentation spontanée antiautoritaire. 

La plage claire courait dans le doux matin par le chemin des îles,
comme une rue de Seine éclatante de lumière. 

D'où venons-nous les uns vers les autres ?
Sans nous connaître encore physiquement
...et métaphysiquement.

Rien n'est plus inventé, rien n'est plus spontané que l'amour.

Pendant quelques secondes, j'ai seulement regardé l'éclair de ses cheveux et ensuite il n'y avait même plus d'ondulation céruléenne et sa chevelure de Bérénice était vraiment difficile à ébouriffer, pour moi impossible, parce que je n'avais pas le code d'accès.

Il m'est arrivé une aventure de cette sorte et j'en reste toujours à ce premier regard vers le ciel. 





Départ vers l'infini

Le rêve est création
L'imagination est éternité

L'inexploré est sur la terre
L'impénétrable est dans la vie

Et le voyage est toujours musique.

La place libre de la vie, c'est l'étoile d'où l'on vient.
L'espace où l'on crée, c'est l'étoile où quelqu'un nous attend.

Nous sommes sur le rivage, mon frère.

Destination : L'Être inexploré !





Les douloureuses absentes

On voit toujours les étoiles blanches dans le ciel noir.
Toujours les ailes repliées comme si elles avaient arrêté le voyage et étaient exclues.

Mon frère, s'il te plaît, ne regarde plus leur éclat extérieur.

L'image d'elles ne veut pas mourir...
L'image d'elles ne doit pas mourir comme une indécision des profondes nuits...
une incertitude des profondeurs de l'espace infini...

Quand tu auras collé ton regard aux plus grands arcs lumineux,
regarde le regard et le rêve d'un enfant de sept ans de toute la force de tes yeux.

Il y a de mystérieuses correspondances entre le cri de la naissance
et les centaines de milliards de galaxies où apparaissent des fleuves adolescents. 

Et c'est pour avoir oublié la figure maternelle et féminine,
ce grand point de lumière qui résiste aux couchants,
que le temps n'est plus qu'un nid de désespérance. 

Tu veux vraiment savoir, mon frère ?
Il ne reste plus que lui, le regret. 






Je pars de ce postulat. Chacun a sa propre réalité du monde. Et ce sont les enfants qui meurent. La solitude créatrice de l'enfance est une aventure sincèrement métaphysique. 

La planète Terre est un laboratoire d'idées, un lieu de recherche où s'affrontent deux sortes d'hommes : les découvreurs et les autres. 

Redevenons enfants ! Il faudrait pouvoir concentrer toute notre énergie pour les états d'errance mais c'est rarement possible, du fait des pressions de la société. 




Qu'elle est tendrement noire et doucement désespérée
cette ombre vague d'un sourire déjà privé de quelqu'un. 

Et nous retrouvons là l'inquiétude de l'eau amniotique.
La transparence native n'a pas disparue, elle existe quelque part.
Mais, car il y a toujours un mais...
Le brouillard hagard de la mort "invisibilise" cet état de pureté originel.
Et ce sera la capture du voyageur en immersion absolue dans l'ombre de l'ombre.

Nous recevons la mort comme une culpabilité secrète
et ajoutons notre propre néant au néant.

Mais le sais-tu toi même, mon frère, quelques heures avant de mourir,
la douleur sincère apparaît de plus en plus comme une douleur errante.

Que sait-on de la mémoire de ces couleurs de pierre ?
Ce contact froid de la pierre recèle un secret des sources. 
Jamais les exilées de cette liberté native n'ont autant ressenti le retour du froid.

Nous devons essayer de le comprendre.

Il y a un au-delà de la mort,
mais la mécanicité de notre monde
se heurte à sa propre inadaptation à l'invisible. 

La mer brûle ! Elle aussi est une faim du feu.
Les îles de la mer sont libres d'imagination, 
mais elles ne savent où aller.
Pourquoi toutes ces soifs dans la soif ?
Comment auraient-elles pu savoir l'au-delà du monde ?
Elles se sont perdues dans les volutes d'une aurore quasiment insaisissable.

En cet instant précis, il y a ce monde qui nous parle de lumières et d'ombres,
qui recommence tout, qui recommence la vie et qui plaque sa main contre notre épaule,
ce monde est d'abord le monde premier, un et nu, en chair et en esprit émotionnés. 

Une trouée dans les nuages éclaire parfois une partie du ciel nocturne,
elle précède l'invention du passage.

L'espace infini est la source de la vie spirituelle et passionnelle.
Le fantastique intérieur n'a pas d'autre origine.

Comment faire pour que nos étonnements,
nos émerveillements se rejoignent ?
Il y en a beaucoup, mais il n'y en a qu'un seul
qui s'enroule autour de notre cou : je l'ai vu traverser
par une route affamée de liberté
qui respirait la vie, le sein, la lèvre de l'aimée.




L'amour est à faire, l'amour est à vivre et l'anarchie nous invite à penser que tout être est perfectible. 




Chacun d'entre nous est naturellement porté à dessiner quelque chose de l'étoile,
de l'île et du cri des vagues. 

Chaque jour est nouveau, chaque jour peut être plus beau
et chaque jour notre visage autour d'un autre visage est recommencé.

Il y a partout des sourires de la terre
et si leurs messages sont réellement entendus
sans être déformés, ils seront compris partout. 





L'inexploré est sur la terre
L'impénétrable est dans la vie




Quand un point de petite source vient rue Mouffetard s'ajouter aux autres, je l'interroge aussitôt sur sa détresse d'exister, et je ne peux pas m'empêcher de penser que son dernier domicile connu fait partie d'un ensemble de visages chéris qui escortent le danger d'aimer. 

Pourquoi l'enfance lumineuse et claire est effacée du monde ?
Pourquoi est-ce qu'il n'y a plus de mer avant la mer ? 
Pourquoi le doux petit cœur n'est plus en unité et en harmonie du Tout ?

Je ne me cherche plus face à la machine médiatique et je crois qu'il est mieux que le mouvement du cœur naisse de l'immobilité du voyageur. 




A vrai dire, il ne faudrait pas seulement parler de l'envol des mains blanches de la lumière, mais aussi du visible rendu à son invisibilité, dans l'alternance du noir sur le blanc et du blanc sur le noir.
La lumière glisse sur les ombres du jour, avec le regret nostalgique de l'état d'innocence. 




La mort-mère est donc incluse dans l'intégrité natale ou prénatale. L'invisible voyage ne peut se concevoir que par ce qui précède dans la concavité matricielle. Et c'est précisément le point de source que revendique l'acte de la poésie. On comprend, dès lors, comment le retour au sein maternel de la Mère de vie universelle advient durant le passage d'un monde à l'autre. 






Dans tout commencement, quel qu'il soit, il y a une course poursuite du Beau contre les apparences. 





Les vagues n'appartiennent à aucune île inscrite, elles déferlent sur le rivage dans un vain effort de briser la lame de beauté convulsive des fleurs sur le sable noir.

Suicide nu en pleine lumière, en pleine couleur. 






Le vent voyageur aime la relation des arbres et des étoiles et, à travers elle, il se rapproche du cri primitif de sa naissance. 




Le désir de merveilleux est perceptible seulement le soir par le jeu des lumières et des ombres. 
Il faut le suivre des yeux aussi loin que possible, comme l'errance d'amour d'une flamme au fond de l'eau jusqu'au bord de l'invisible. 




On peut dire que la vie est un voyage à travers le ciel à l'intérieur du corps. 

Tout ce que nous regardons et respirons comme un premier matin du monde
n'est encore qu'une infime partie des rêves de la vie.




Quel que soit l'informulé, il a été ce vent vierge.

C'était le bain lustral d'une couleur différente de toutes les autres couleurs.

Il n'y a rien à comprendre et tout à ressentir. 

C'était le sable pur trop fragile et trop sensible,
comme cet oasis des visages féminins
auquel un passant avait cru furtivement.




Le chemin des îles est le chemin d'initiation de mon autre mère la mer.

Si les hommes savaient que le monde en est toujours à son commencement,
ils verraient toujours en nouveauté la réalité qu'ils ont perpétuellement sous les yeux.




Quand il n'y aura plus de ciels sans couleurs
Quand il n'y aura pas d'autre vérité que le corps intérieur
Dans la longue île du moment présent
Quand nos regards s'enfonceront dans la nuit ouvrante
Jusqu'au matin entrelacé de bras éperdument amoureux
Quand le mot, le corps, le monde remonteront en enfance
Quand l'alcool de la chair traversera des mondes effrénés
Quand le sable femme redeviendra la pierre chair
Oh ! Je veux savoir où finit l'ombre brûlante de son cou, où commence l'eau calme des épaules
Mes lèvres s'efforceront de la toucher, comme une sorte de liberté native soudaine, totale





Qu'est-ce qui est plus réel que le réel ? L'acte de la musique.

La musique m'apparaît comme un signe avant-coureur.
L'homme est en route vers un être d'avant le temps.

Il y a toutes les chances mais nous ne le savons pas.
Tout est neuf et sans cesse renouvelé.

Si les hommes avaient douze ans en puissance,
la liberté serait un mot d'aurore
et tout pourrait être changé de ce qu'ils sont.




Les individus qui n'ont jamais eu de véritable contact avec la nuit multidimensionnelle ne peuvent pas connaître le nu et la chair. 




Lu sur un mur : L'univers est infini mais il ne l'est pas assez pour que je te trouve là où tu n'es pas.

Il existe des vagabonds sublimes qui ont mis toute leur obstination pour pouvoir faire leur chant-poème et qui offrent toute la voix de leur désespérance à la barque aussi blanche que noire de la poésie. 

D'abord pourquoi veux tu qu'il y ait un voyage utopien ? De quoi veux tu qu'il parle ? 

Le mariage de l'idéal et de la contingence, ça ne marche jamais. Ah les utopistes ! C'est dommage qu'ils ne sachent que rompre les amarres.

D'où cette volonté libre d'ouvrir l'œil et de tendre l'oreille aux chants de l'étoile pour libérer  l'imagination créatrice.

La rencontre de la terre avec son ciel est dans ce voyage initiatique d'un clochard céleste. 

A celui-ci de courir le risque de rencontrer une rue Clotilde nue et froide dans les volutes de l'aube. 

Je me réfugie rue de L'Estranade dans une lune d'ondes profondes appelée "marge", pour y chercher abri sur le mur des inscriptions d'une aube éternelle. 

Tout recommence dans le cri maternel.

Je veux revoir le pays où nous nous sommes aimés d'enfance. 




Il n'y a plus assez de couleurs en harmonie avec les parallèles des vagues. 
Le temps d'apprendre à attendrir du bleu, il est déjà trop tard. 
La promesse du ciel s'engouffre dans une mince fente d'infini. 

Mais ne dites jamais qu'il n'y a pas de monde innocent. 
Ne dites pas que tout est en exil, noyé dans le disparate chaotique. 

L'Autre est totalement nouveau. L'ombre de son visage est faite de rapports d'instants
et d'espaces émouvants qui semblent sortir des grandes aubes. 

La première porte de son sourire s'ouvre ... la seconde ... la troisième ...
Et il ressort une immensité de promesses. 
Tout, dans cette chaude présence de l'Autre est amour en premier. 

Il est l'heure d'une rue échappée à l'immensité des ombres. 
Il est l'heure d'un monde sans raison et contraire à la raison. 

J'ai rencontré le seul soleil que j'attendais : beau et fabuleux de lumière noire. 

La liberté de choisir une forme de l'eau ou d'un coquillage.
La liberté surtout des cerfs-volants sur la plage !

Quel que soit l'informulé, il a été ce vent vierge.
C'était le bain lustral d'une couleur différente de toutes les autres couleurs. 

Il n'y a rien à comprendre et tout à ressentir. 

C'était un sable pur trop fragile et trop sensible.
C'était cette oasis des visages féminins à laquelle un passant avait cru furtivement. 

Dans l'ombre tranquille de la nuit, les rues mêlent en elles indissolublement l'instant et le lieu. 





L'espace où l'on crée, c'est la place libre de la vie à l'image et à la ressemblance de l'espace libre occupé par les oiseaux.




Le chemin des îles court dans le doux matin comme une rue de Seine éclatante de lumière.




L'expérience de renaître est dans le jaillissement hors contrôle de la vie immédiate.
Elle tient dans ce goût des rencontres improbables rue des Ursins ou rue des Chantres. 





Mes déambulations nocturnes étaient faites d'interrogations troublantes
qui pouvaient me conduire jusqu'à la rue de L'Abreuvoir.




Tous les chercheurs de mers sont à la fin de leur voyage revenus à leur commencement. 
La naissance est un mouvement d'arrachement,
mais il ne devrait rien subsister de cette expulsion violente
car l'amour est un mouvement de communion.




Les voyageurs croient tracer eux-mêmes leur route, les yeux fixés sur leur étoile.
Ils n'ont jamais regardé que l'étoile née d'eux-mêmes dans une merveilleuse coulée d'argent.
Un moment le sable plat et le nuage alourdi se sont touchés au plus haut.


De deux choses l'une : ou bien les intelligences exogènes ne viennent pas des mers de l'espace
mais du temps
et tout devrait être impossible et lointain ; ou bien ces intelligences sont endogènes
mais elles ne sont pas encore venues au monde
 et l'aube est encore loin et, si tel est le cas, l'imagination fait naître ce qui n'est pas encore.




La solitude d'un seul à seul naît d'une grande solitude libre, contrairement à la solitude d'un face à tous, qui ne peut être qu'un désert d'expression.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog