L'ombre blanche tremble soudain de voir réapparaître l'ombre noire, l'étrange étrangère, l'errante maudite, la subversive, la dangereuse utopiste. Peur des errances nocturnes ? Peur de l'incantation de la pierre au centre de la nuit ? Il n'y a peut-être que le silence de la nuit qui ne craint pas l'irrationnel. C'est de notre relation à l'indéfinissable et non des vulgates que naît le dialogue avec les anges et les dieux. L'ombre fantastique des arbres nous montre et nous fait comprendre que la trajectoire divine s'ouvre devant nous. C'est le goût de l'indéfini qui la fait se révéler en venant se heurter à l'autre moitié paisible et confortable de ce monde où l'on fait mécaniquement l'amour à l'ombre des volets clos des appartements. La route des évasions repousse les limites et les barrières pour atteindre plus d'éblouissements sur l'autre rive. Peut-être n'ont-ils pas été voulus par la visiteuse de lumière, peut-être y sont-ils apparus en partie inconsciemment. Une chose est sûre : la lumière s'énamoure dans l'ombre claire. La terre de notre cœur est une nouvelle terre de notre voyage.
L'étoile originelle
Tout ici se veut réfléchissant. Quel choix de langages ont les yeux de la rue ? Ici et là, des mots mais point de langage, ou un langage mais point de mots. Dans cette rue La Vieuville, le monde visible a colonisé l'existence de la vie. J'opte aussitôt pour le silence et l'obscurité d'un hôtel rue des Trois Frères. Il faut que, dans cette chambre d'hôtel, j'observe et identifie les premiers rayons bleu nuit de l'écriture. Mais est-il vraiment possible d'échapper à l'environnement proprement physique ? Cela implique pour moi d'être prêt pour un univers où rien ne me ressemble. Pour mieux le voir, je ferme les yeux. L'ombre timide d'une barque blanche traverse une mer sans bruit. On la voit, même si l'on ne regarde pas. Je le sais, parce que le pouvoir de l'imaginaire secrète des transcendances barbares qui n'ont rien d'inattendu ; ce qui n'est d'abord que la lumière crue d'un lampadaire peut danser subitement sur des ombres d'hommes et sans doute faut-il ne plus avoir peur des alcools utopiques, ne plus avoir honte des vagabondages solitaires. On nous dit que tout est raté et le sera toujours et puis, il y a tout ce qu'on ne nous dit pas. Quelque chose jaillit d'une encoignure de mur et la lumière furtive de l'ombre, aussi fragile que porteuse d'espoir, recommence tout, recommence la vie.
La nuit commence le jour comme en réponse aux correspondances souterraines. Le jour se referme comme une porte. Mais quelque chose nous serre encore plus fort. Nous avons vécu sans le visible en communion d'amour avec le monde.
Ce qui est merveilleux dans la sublime délinquance de l'amour, c'est que l'imprévisibilité opère par l'harmonie entre le rêve et le corps. L'arche du cœur se nourrit de chaque souffle de l'autre et, en même temps, les regards s'enfoncent dans la nuit jusqu'au matin entrelacé de bras éperdument amoureux.
Je revendique mon appartenance dissidente et je m'applique à l'insérer dans une expression de l'amour. L'arche du cœur contient le germe d'un monde transfiguré et libre.
Il n'y a pas d'autre vérité que le corps et l'eau des yeux est le Grand Point. C'est à des yeux plus tristes et plus rêveurs que s'attache la détresse d'aimer. Je perçois l'attente impatiente d'une lumière, d'une chance dans leur éclair silencieux où se niche le désir d'être autre que l'autre.
Le grand vertige métaphysique
L'invisible qui se déverse dans le visible est bien un soleil qui éclaire tout. Mais celui qui regarde au ralenti n'instaurera rien en lui-même. Les formes arrêtées sont des formes finies, elles reflètent les ruptures du regard. Il n'y a rien de plus tristement désert qu'une vie rétrécie, incomplète. De quoi s'agit-il, en vérité ? De montrer derrière cette apparence d'être la trace d'autre chose : l'objet matériel manifeste une intériorité. Si on n'a pas vu cet endroit, qu'a-t-on vu ? Le monde sans l'Autre ne respire pas, il n'a pas d'être.
Il est dit dans les chants d'une lointaine Amérique Indienne que l'être du Ciel s'arrondit avec amour autour de la Main de Vie. L'esthétique de l'amour n'est pas seulement un rite de passage, une initiation, elle recèle surtout un mystère, un secret qui git au cœur de l'invisiblement visible et elle est source d'inspiration émancipatrice. Ce qui était au-dedans est passé au-dehors et l'ailleurs déborde jusque dans l'ici.
Hélas ! Rien ou presque rien ne subsiste de ce que nous avons rêvé ensemble. L'eau est le regard de la terre que plus personne ne regarde. L'interruption du Rêve a refermé les fleurs et les livres. Est-ce parce que les chemins de l'aube se perdent à l'infini ? Par quels troubles vertigineux le premier regard bleu vers le ciel a-t-il échoué dans ce mélange incertain de bon et de mauvais ?
Ici, on alterne le bonheur de vivre et l'horreur de vivre. Or, c'est précisément cet état de division du monde qui a transporté en nous quelque chose. D'où cette prolifération de créations actives. L'Autre Monde n'existe que dans le clair de la caverne imaginaire, croyez-vous ? Mais l'Autre Monde a ses forêts et ses sources : les nôtres. Car c'est du grand vertige des flammes mortes qu'on tire l'existence de quelque chose d'autre qui s'ajoute aux éléments.
Ici commence un étrange pays à la croisée des mers de lumière. L'immanence lumineuse affleure sous les surfaces matinales. Il naît un nouveau monde quand on les regarde et les respire comme une immanence transcendante. Ce que je vois ici, c'est un oracle de l'or bleu où refaire de l'intérieur l'itinéraire des îles. Ou peut-être plus, peut-être plus ... La Vie commence avant sur une autre fréquence.
Tout n'est pas découvert, il faut ajouter un rêve de la mer dans le rêve du soleil, un rêve de la lumière dans la lumière. L'île-corps a de quoi s'enfuir dans la chambre intérieure de l'air, du sable, de l'eau. Et là haut, ce Soleil de l'imagination qui brûle est l'énergie, la force et l'expérience extrême. Les pluies de soleil sont faites de joies indicibles et d'appels au merveilleux.
Les alysés
Au commencement, il n'y a que des mots-enfants. Leurs lieux : grottes, forêts, hautes montagnes. Il est visible que ces longs couloirs obscurs et humides nous collent encore à la peau. Mais, quelle peut être l'expression de l'amour dans un moment où l'on s'accroche au monde surnaturel des profondeurs ? Je ne sais rien encore de l'autre lumière que je cherche, mais quelque chose me dit qu'une autre forme de vie intelligente existe dans l'espace intérieur des rêves.
L'éveil de l'aurore devrait s'inscrire dans un cercle amoureux pour conjurer la part obscure. Des images de sable et de soleil se précipitent vers moi et je glisse contre elles. Le doux matin écartera-t-il l'effroi d'un soleil noir maléfique ? Tous les rêves de toutes les enfances du monde ont le regard nu de celles qui veulent toute la nature à la place de l'histoire, l'image des corps et non l'idée.
Il est désormais question d'une course de découvertes. Air ! Clarté ! Sables invisibles ! Les courants chauds de l'enfance ont des images de navires dans les yeux. Ce monde sans l'Autre ne fera plus obstacle à la plus totale reconversion du profane au sacré.
Une fois encore, je m'embarque clandestinement, le feu au ventre et les mains serrées sur mes provisions de route. Destination : l'être inexploré des nuits pénétrantes. Je sais que le rêve est création, que l'imagination est éternité et qu'une dune de neige de l'Antarctique peut être plus fraîche, encore plus claire, beaucoup plus blanche qu'une galaxie. Je le sais, parce qu'il n'y a pas un lieu du regard, mais plusieurs : tous les contextes, tous les mondes sont possibles.
Les hommes le tinrent par les cheveux ce vent solaire qui, en eux, a visité tous les points de l'Univers. La fascination pour les rêves et les mythes a donné naissance au langage merveilleusement inaccessible des étoiles. La planète Terre nous enlace et nous serre contre elle, jusqu'au moment où notre autre mère la Mer, à son tour, sentira d'emblée l'emprise de ce que nous avons toujours appelé le Cosmos. C'est ainsi qu'Elie fut emporté au Ciel sur un char de feu et, fort de son ascension surnaturelle, il rompit les contraintes et se projeta au-delà.
Que cherche le langage de l'être sublime, sinon à ouvrir les rivages interdits ? Je place ici l'éclosion d'un monde céleste des dieux. Le départ vers l'Infini n'a pas d'autre origine. Le peuple du Ciel est un peuple de voyage et nous sommes sa possibilité d'errer.
Le mal d'aurore, c'est comme une pluie noire du dedans. Et après ? - Après on vit avec l'informulable, on en guérit ou on en meurt. Ce sont les couleurs inexplicables de la lointaine et noire poésie.
Un chagrin céleste
Les yeux pirates d'un chat tigré blond roux observent mes nocturnes. Tout ce qu'ils me transmettent me confirme dans le sentiment que j'ai de ce chagrin céleste. Ils sont la sève de l'ombre pleine des sources disparues de l'ancienne forêt. Dans ses yeux, je vois des paysages de pierre, des zones d'ombre et de mystère. En quelques secondes, l'île de la forêt devient un coquillage dans lequel on entend la mer. Et je ne sais pourquoi, mais je songe à une anti-terre, celle qui est non pas le contraire mais l'inverse : le jumeau symétrique.
Ce monde semble avoir été arraché à un espace de totale liberté native pour être enfermé dans le vide blessant de l'utilité immédiate. Tout se passe comme si la vie était coupée en deux : l'impossible et le concret (ce qui signifie qu'elle est en définitive séparée). Le vert vivifiant de la nature se heurte au rouge de la ville qui absorbe et détruit.
Tout ce qui se dessine devant les hautes fenêtres de la nuit relève d'une autre esthétique sublimement vénéneuse. Où aller, où retourner sans cesse, sinon à ce jeu spontané des formes de la nuit en liberté. Les formes noires, même les formes noires parlent ! Cependant, très vite, elles s'enfuient pour échapper aux déplacements de l'ombre qui les traquent.
Rue de Rosiers, l'ombre était blanche et la lumière, obstinément noire. Je leur accordais ma confiance, sans savoir que le souffle des ombres peut venir de partout. Plus loin que l'impression sensorielle, peut-être plus loin que l'au-dedans ou l'au-delà du visible.
L'eau noire de la nuit avait discrètement été évacuée de la blancheur de l'ombre et je croyais entendre encore cette voix légèrement bleutée des étoiles. Le souvenir d'un monde sublime me revenait confusément après ce long sommeil au fond de ma mémoire. Je perçu un minuscule point d'argent ; était-ce une lumière d'au-delà en attente d'être recueillie sur le rivage ? Quelque part dans mes actes et dans mes rêves, peut-être à travers toute mon expression, toute ma sensibilité, toute ma différence je m'étais baigné dans les eaux désertes de l'Avant-Naissance.
Dans le cycle naturel de la vie et de la mort, on croit lire une inquiétude de l'eau amniotique; Quoi ? La nuit sans la nuit ? La nuit fermée ! Les hauts murs de cette ville enserrent la parole des ombres, on ne la libère qu'un court instant.
L'imaginaire primitif des profondeurs obscures nous habite et nous obsède. C'est une rivière noire et d'or que les mers de l'espace n'ont pu retenir sur leur pente radieuse. Un grand Corps d'amour divin emplit-il tout l'Univers ? Ce n'est pas par centaines mais par millions qu'il faut compter les yeux d'eau et de lumière provenant des mers de l'espace.
On entre dans la nuit initiale par une petite porte stellaire. Il serait aisé de répondre qu'il s'agit de l'attachement à un lieu mythique, île d'enfance ou analyse intime. Mais ce n'est pas elle, c'est une autre source de lumière. Le pays de l'ombre emporte avec lui son secret qui est celui de la sublimation du noir à la lumière.
La voie Clarté fait l'irrigation de l'Infini. Elle est la Main de Vie créatrice de la Lumière.
Séléné, la Lune secrète
Ici n'est pas ici mais ailleurs !
L'instant-fenêtre est l'indice d'une vision lumineuse, que l'on ne peut percevoir que transfigurée par un regard intérieur. Est-ce l'image réfléchie de Séléné ? Je la sens toute proche de moi. Ou était-ce la lumière pâle de Théia en route vers la Terre ? Ce ne peut être une simple hallucination. La lumière magique qui se ranime dans les tristes profondeurs de ses cratères ne peut être qu'une part plus profonde de la Terre.
Caverne Ventre / Caverne Temple
Les hommes naissent sous des cavernes creuses.
Leur image est absolument nomade et migre en permanence.
Ils sont comme ces étoiles qui cherchent leur lumière dans le cri des vagues.
Ainsi surgit une aurore oubliée en proie à une profonde solitude à l'intérieur du temps.
Des mains rouges surgissent un peu partout sur les parois humides de la grotte-refuge.
C'est un vaste monde du dessous à partir duquel peuvent être perçues en nombre indéfini,
de nouvelles interactions de l'ombre et du silence, du souffle et de la forme, de la limite et de l'illimité.
Quelles formes nouvelles naîtront de la Terre ?
Par le corps, on appartient à l'île de la Vie,
qui est celle de notre mère la Terre.
Par l'esprit, on appartient à la plus belle des constellations,
qui est celle où nous ne sommes pas encore allés.
La circulation libre des rêves se perd dans le feu noir des grottes souterraines,
tandis que le visage j'aimais dans ce nuage devient un corps étranger dans la trajectoire de mon regard.
La plus haute étrangeté de la Terre de notre voyage
est le refuge du sein maternel pour renaître différent.
Nous avons besoin d'un éternel, d'un transcendant non pas sans corps et sans forme, mais bien ancrés dans la vie - la parole - le langage.
Létoile est déjà en promesse dans l'aube, que l'on peut éclairer d'une île en feu à l'autre, en essentialité. Cela est tout l'être du ciel et tout le chant de la mer, le reste n'est que leur apparence mais aussi leur éternel accomplissement.
L'incantation de la pierre
Quiconque a pénétré dans le monde caché des profondeurs, redécouvrira non seulement l'acte magique de la couleur, mais aussi l'adoration des montagnes, des astres ou du feu. L'art des grottes profondes appartient au monde étrange d'un langage de signes géométriques et de tracés indéterminés. Des mondes parallèles se côtoient dans les images des parois, faisant ressortir la limite imprécise entre le divin et l'humain. L'espace terrestre se tient ici à mi-chemin du monde d'en haut et du monde d'en bas. Et chacune de ces filiations parallèles, met en œuvre une accession immédiate à l'ordre surnaturel.
Ici, nous sommes au centre de quelque chose et de tout ce qui invite à la course des images peintes. Devant nous, il est ici tout autre chose et cette autre chose est dans l'esprit de l'homme artiste de cette grotte. Et je dirai également ceci : ce qui était à un moment, une silhouette humaine, inscrite quelque part sur une paroi rocheuse, devient l'instant d'après, l'homme-oiseau de ce ciel en plein vol, qui ouvre haut le lieu profond de lumière du regard.
A partir de ce moment-là, le visiteur sent qu'il est sur le point de revêtir la cape de ce paysage métaphysique. La grotte initiatique est incrustée en chacun de nous. Ce point permet d'échanger et de susciter, peut-être, l'envie d'approfondir cette expérience de l'indicible, notamment par de nouveaux rapports rêvés à la nature, que les peuples anciens avaient déjà prévus. La nostalgie du grand territoire nous hante et nous accompagne, à travers un goût irrépressible des forêts et des cavernes ornées d'animaux initiateurs et frères des hommes.
Avant Ailleurs
Au début de la longue marche se trouvent réunis les antiques symboles et croyances de la Mythologie. D'étranges voyageurs cherchaient parmi les prophéties et les songes le Lieu et la Formule de la combinaison de la Matière et de la Lumière. En fait, ils voulaient nous dire une seule chose. Il faut voir le Monde de l'intérieur et non pas demeurer à l'extérieur, conscient et détaché.
Nos jardins sont dans les arbres à paroles. Nous nous sommes enfoncés parmi les arbres avant de nous reconnaître et nous avons célébré nos rites sur l'autel de la Grande Forêt. Mais tout changea lors de la Grande Rencontre. Nous possédions le pouvoir de la parole et celui des signes, mais nous n'étions pas le seul être à surgir dans le sensible et à accéder au visible.
Les espaces annonciateurs de l'aube reposaient sur l'incertain et le mouvant. Marécages, lacs et rivières étaient encerclés par la ronde des nuages. Toute la lumière vivante des étoiles tournait désormais autour de l'errance tourmentée de la pierre, des plantes, des animaux.
Les hommes de ce royaume savaient déjà que toute forme de vie est vraie par elle-même. En ce sens, l'arbre n'a pas la même vérité du Cosmos vivant que l'homme, car il fait exister à sa façon une nouvelle vision divine conforme à son être. Chaque être porte en soi une musique de l'aube, chaque être a son type d'amour.
Dès lors, la pensée de l'Inconnu se fait chair, dramatique humaine en proie à sa peur d'être oubliée dans la Longue Nuit. Le Cosmos compte plus d'étoiles et de planètes que les scientifiques ne l'avaient imaginé et ils ne craignent plus de faire jouer à la fois l'inquiétude et le merveilleux. Je crois qu'il n'est plus permis de mettre en doute l'existence d'une pluralité de mondes habités. Les nuages eux-mêmes ont des univers-îles dans les yeux, ils nomadisent aux marges du réel. Il faut les suivre des yeux aussi loin que possible car les vrais rêves s'apprennent surtout par les yeux.
A travers toutes ces lumières intelligentes qui arpentent nos cieux et nos mémoires, apparaît clairement l'influence de l'infini imaginaire humain. La voûte du Ciel semble se rapprocher de la coupole de la Terre. Rien d'étonnant en cela. D'autant que, dans la promesse spirituelle du Ciel, la Maison éternelle est la force qui guide la Maison terrestre et lui permet d'échapper à l'absence de sens, donc au néant.
L'enfant dans l'homme poursuit son chemin. L'oreille tendue vers la voix des étoiles messagères, le regard fixé vers la ligne pure où le Ciel et la Mer se rejoignent, il sait qu'il doit réussir à rejoindre le concret pour résoudre l'antinomie du rêve et de la réalité. C'est ainsi qu'apparaît la vérité en tant que communication pure exempte de projections intellectuelles.
Notre mère la Terre est un cœur, une respiration, une voix.
Notre père le Ciel est un rythme et le rythme c'est l'ordre naturel.
Outre-temps
Que sait-on de l'identité surprenante des chemins de l'aube ? Nous habitions une terre nomade ouverte sur l'inconnu. Les enfants perdus de l'Ancien Monde se regroupaient autour d'un cercle de pierres et l'enfantement poétique du feu était tout ce qu'il y avait de nouveau devant eux. Le vent invisible n'avait pas encore effacé les signes-dessins de la terre maternelle, des arbres et des animaux. Que sont devenues leurs demandes de rencontres inscrites dans la chair humide de la grotte ? Il manque des bras amoureux et des mains tendues vers les étoiles vagabondes.
Puisque rêver est un moyen de connaissance, tout autant que penser, il faut s'évader à fond le mieux possible. Les voyageurs ne viennent pas de l'espace mais du temps. L'évasion est toujours lointaine, mais ils prennent l'instant réel à plein cœur hors de la durée.
Le ciel nuageux est le lieu où se prépare une libre circulation des rêves.
L'amour est à faire, l'amour est à vivre et je crois qu'il continue sa course jusqu'à la région des sources, où il n'est tenu compte ni des hiérarchies, ni des pouvoirs ; où nul ne peut imposer à quelqu'un le triste temps de sa loi.
L'infiniment tendre est une île d'enfance de tout le corps. C'est une insurrection poétique par laquelle chacun se révèle unique, inexprimable, innocent.
Avant-aube
Ce que ce chat est en train de me démontrer, c'est que je n'imagine pas les mers bleues de la page blanche, ce sont elles qui m'imaginent et qui arrivent les premières au centre de l'île.
Les yeux du chat, surtout la nuit, sont pleins d'ailleurs, pleins d'au-delà.
Il y a toujours une chance de quelque chose de neuf qui n'a jamais existé et il m'arrive d'observer ainsi le chat jusqu'à l'aube.
La chute de l'ange
Déchu ? On le dit du répréhensible sous l'anathème. Je hais le grouillement de la populace revancharde et le frétillement de la morale moralisatrice au-devant de la justice. Les voici ceux qui viennent sur les nuées de leurs misérables locutions fatiguées d'elles-mêmes.
Déchu ? Qui était-il et qui n'était-il pas ? Il ne pouvait quitter la solitude des visages et la multiplicité des regards. Il se rêvait appeleur d'aubes. Mais bientôt il reprenait goût pour d'autres voix angéliques.
Nuit ! Le mot, seul, faisait déjà rêver. En elle, l'innocence et la perversité se mêlaient. Quel était ce rêve d'une ombre aussi blanche que noire où s'entendaient les couleurs ? Les seules formes qui y parvenaient étaient les formes de la nuit soigneusement déposées dans les profondeurs fictives du sommeil.
Combien innocente était l'incantation retrouvée ! Il serait donc dans la chair pour l'ouvrir et l'ouvrir encore. Le monde de la corruptibilité était-il le seul qu'il devait connaître ? Dans ce triangle de lumière noire pulsionnel, il y avait le commencement du monde un et nu, et puis surtout une façon de le toucher avec tout le corps, pour voir s'il était vrai qu'il donnait accès aux étranges constellations.
La lumière dans les premières heures du matin inondait les lacs souterrains. Pour la plupart, cette musique qui se voulait embryonnaire, avant-aube, embarrassait. On préférait sans doute qu'elle soit dûment codifiée, une sorte de commencement du monde qui ne parle à personne. Non une révélation, mais une sorte d'opération acceptée ou subie.
L'ombre de l'ombre inscrivait sa course dans la matérialité triste du sommeil et les fantasmes liquides de la nuit oscillaient sans cesse de la bourbe à la clarté. Le sexe mettait en jeu l'ombre de la mort. Eh quoi ! C'était l'apparence animale. Peut-être, mais il y avait un au-delà de l'amour sur terre comme au ciel.
Le Lien intérieur
La rue du Petit Musc fixait le chemin jusqu'à la rencontre avec le jardin du Quai des Célestins. Il fallait aussi lui trouver des jeux d'ombres. Ce fut bien imprudemment que j'opposai à l'image crépusculaire de la rue du Prévôt la liberté d'un mal d'aurore. Puis ce furent les longues fatigues de soleil dans le mouvement continu des apparences.
Quelque chose manquait, l'émotion humide de la chair, une écoute de l'eau endormie et précisément la plus endormie. Le lien aux origines de l'Origine, hors de quoi il n'y a plus de commencement, plus de départ, plus d'aube.
Arrivé là, il me fallait recommencer à presser contre moi la beauté des chemins déserts. Ce fut dans le cadre de cette recherche du lieu d'émergence, que se déchaînèrent les envies de repartir vers la mer ou vers le ciel, les planètes.
Je pouvais conclure provisoirement que ce monde recélait de la matière spirituelle. De deux choses l'une, je l'admettais ou je rompais l'alliance. Que croyez-vous qu'il arriva ?
Tout me porte à croire à la relation métaphysique d'une île couleur de terre en l'autre, éclairée. Nous tenons, tels des arbres, à des racines particulières de terre et de chair, mais les assises profondes peuvent aussi nous projeter à travers la matière et l'espace dans d'innombrables rapports fusionnels.
Je choisirai la liberté des mers et des vents parce qu'elle est la meilleure part du monde, notre infini, dont il me faut apprendre le langage longtemps rêvé en secret.
L'ultime escale
Les cris de la lumière déchirent l'ombre opaque. Ce qui est excitant dans cette temporalité amie-ennemie, c'est que la créatrice de beauté opère par ses cris. Est-ce l'éternel et émouvant retour au lieu d'émergence ? Parfois, je me laisse envahir par des doutes. Le départ et le retour ne sont-ils donc que des étapes qui conduisent à la destination finale ?
La recherche esthétique erre seule dans les villes. Qui sait si la force de l'imaginaire guidera les rues étroites et leur permettra d'échapper aux coins sombres ? On ne leur échappe pas plus qu'à l'astre noir et glacé.
Je n'ai nul besoin de l'église de Pierre, de Paul et de tous les saints. J'ai la Grande ourse, Orion, les pléiades qui me portent à l'émerveillement devant ce chemin d'étoiles qui me mènera à l'invisible voyage.
L'ombre de nos visages se glisse à même la terre nue dans le vert profond et glacé de la mort. Nous retournerons vers le lieu de notre naissance, ou peut-être de notre prénom. Vous savez sans doute qu'il existe une autre force discrètement pure comme l'odeur des arbres et de l'état natal.
Les arbres courent sur les berges. Plus je les regarde, plus leurs ombres me semblent lointaines et incertaines. Que sait-on de la relation des arbres et des étoiles ? Les arbres parlent dans la nuit fraîche des langues inconnues. La pensée de la Source, de toutes les sources s'enroule à leurs rêveries. Ils parlent aux étoiles dans un langage qui reste à découvrir.
D'entre toutes les formes de la nuit, le vent qui coule entre les arbres est un infini de mystère. Son souffle fait jaillir les étoiles et la lumière des étoiles perce d'un cri ce voyage sans retour.
Il est permis de penser que le monde du vivant a surgit des champs brûlants non manifestés et qu'il poursuit son périple dans l'immensité de l'univers noir.
Comment pourrions-nous en douter ? Tout en haut, dans les ciels, un étonnement de la mer est rejoint par la grande nuée.
L'incantation retrouvée
Chaque jour est un visage de chair neuve sur le chemin de la vie. Comment savoir jamais si l'on a compris un matin de pure lumière ? Lorsque je m'éveille et réfléchis à la possibilité de communication, je me retrouve désemparé devant ce vaste champ d'expérimentation. Rien n'est encore écrit et cependant tout existe déjà. Jusqu'où peut aller la parole intacte et vierge de mondes ?
On peut voir dans le ciel rosé par l'aube, qu'à certaines minutes tout est essentialité, tout est invisiblement visible. L'errance d'amour s'inscrit dans des quartiers désolés pour mieux permettre et affirmer la magie érotique. Mais l'amour aime trop l'amour pour faire l'amour sans amour. Au fond, j'aime trop ces sourires dont le regard intérieur varie au gré des imaginaires, dans lesquels se mêlent l'individu concret et le Moi transcendantal. L'amour devrait être à vivre au fil des anarchies, comme on fait de la poésie. Ceux qui arrêtent le voyage sont déliés au lieu d'être reliés. Ils ne sont plus de la surface maternelle des mots, ils sont déjà aux portes de Xilbalba.
De la rue de l'Abbaye à la rue de l'Echaude, le marcheur a besoin à chaque instant de se nourrir du climat de l'aube, mais il sait depuis le début qu'il ne réussira pas et que la rue Cardinale prolongée jusqu'à la mer, est une histoire d'amour impossible entre l'espace inventé de l'âme Oiseau et l'espace organisé des hommes.
A l'angle de la rue du Four et de la rue des Ciseaux, c'est aussi, derrière l'apparence d'être, l'émergence d'une étendue secrète et, peut-être, l'apparition du Visage de l'image nouvelle. Le rapport au monde à travers les lumières mouvantes de la poésie, se produit comme une reconversion de la surface à la profondeur.
Mais quand fera-t-il bleu ? Mais quand fera-t-il vrai ? Qui donc enlèvera les murs de toutes les rues ? Qui donc ? Il faudrait avoir l'amour de l'amour pour accrocher à cette source.
La mer du monde est une idée de forme pure.
D'abord éprouver, ressentir.
La chercher, elle est désir.
A nos frères d'aventure de trouver le chemin des îles qui, au bout de leur périple, de leurs enchantements, s'en iront saisir cette chair bleue comme le ciel.
Oh ! Combien de précipitations et de maladresses, mais tellement d'éclairs ! Aussi, n'est-il pas nécessaire d'y arriver pour la pénétrer intérieurement.
Ce ne sont que des rêveurs de mers ou des coureurs d'étoiles, éclaireurs éphémères d'une route difficile à tracer. Parfois ils souhaitent n'avoir jamais commencé.
Turbulences
Les hauts murs de nos cités compromettent la recherche, ils ne peuvent qu'être provisoires car la démarche de nos forêts et de nos plages suit son cours. Il y a une agitation incessante de multiples possibles. Tout paraît fixé d'avance et pourtant rien n'est encore écrit.
Ainsi, quand le système correcteur dit "les actes du rêve se mettent en ordre", c'est parce qu'il n'ose pas dire que c'est le passage de la vie en liberté à la vie en ordre qui, en fait, le perturbe. Il est ici question de tentatives d'échapper à l'environnement défini, uniformisé pour savoir enfin l'enfance du monde.
Les rivières sont là pour nous emporter, mais en est-on si sûr ? Le désir de se déplacer dans les brumes du rêve appartient en commun à tous les frères d'aventure. Mais tout est dans une voix unique et dans un corps résolument solitaire, comme le pointillé d'une rivière ancré dans l'éclat blanc et noir du soleil.
La découverte triste de l'instant idéal naît du silence entre les émotions furtivement partagées. On ne connaîtra sans doute jamais la suite et l'importance que ces errances sensuelles prendront sur le chemin de notre nuit.
Il y a deux sexes différents, il y a deux mondes différents; Et pourtant, l'un est l'autre. Mais la couleur de la barque amarrée oscille sans cesse du blanc au noir et du noir au blanc. Attirance et/ou répulsion sont liées comme à une île la mer ou au silence, la nuit.
Nous n'avons jamais fait attention à la rosée de lumière. Il fallait commencer par sublimer l'ombre glauque : montrer dans quel monde de "la faute" elle s'installait, comment cette Voie Clarté vivait l'idée d'être "le sperme des étoiles" (Guillaume Apollinaire) et prendre aussi le temps de créer un corps amoureux dans sa chair avant tout ce qui risquait de mourir aujourd'hui.
Séquences 4 en noir et or
Au plus profond de la Création, de l'Origine, la surface des eaux n'était qu'une transition, une liberté entre les îles et les terres. Les plongeurs magnifiques marchaient dans la nuit bleue de la mer, vers on ne sait quel acte de poésie pure. L'Acte par excellence !
Tout n'était qu'interprétation, projection dans l'espace. Les dieux étaient aussi nombreux que les sources, les fleuves et les fontaines, qui irriguaient les jours et les mondes. Et la mer était dans le ciel de chaque étoile : c'était la nature de son lien avec l'Univers des univers.
L'apprentissage du Rêve a commencé par un mariage analogique des horizons du Ciel et de la Terre. Ne crains pas l'hiver de la Terre, mais réjouis-toi au contraire de l'enfouissement et de la réintégration. Le monde créé en est toujours à son commencement, puisqu'il se crée encore.
Il existe un goût de la pleine mer plaqué sur la chair bleue du ciel et la trace de bien d'autres mondes restée aux murs des grottes. Ce que tu regardes et respires comme un premier matin du monde n'est encore qu'une infime partie des rêves de la vie.
Quoi : l'être-là, le phénomène
Qui : la présence d'un corps fait de chair et de ciel
Quand : le silence de l'instant contre l'œil du temps
Si tu veux apaiser ta faim de vraie lumière,
brûles-toi aux soleils nocturnes d'un bar à musique.
L'ombre tourmente la lumière, mais l'ombre est belle quand la lumière voyage.
La question est de savoir si tu iras ou pas de l'enfant à l'adulte qui ferme l'horizon naturel.
Toujours celui qui fait d'un mur une fenêtre, continue quelque forêt native qui préexistait.
Si la rapacité des terriens t'épouvante, libre à toi de reprendre la forme que tu avais
avant d'être né sur terre et de glisser sous la surface du ciel de la nuit le mot Poésie
et sous celle d'une jeune mer aux yeux verts le mot Mère, tracé de la main d'un enfant.
De la vie en liberté à la vie en ordre, il y a de la place sur une île encore chaude.
Si la destination finale, toujours menaçante, referme les fleurs et tes livres,
libre à toi de t'enlever, de te transporter vers les étoiles qui t'entourent,
comme un suicide nu en pleine lumière, en pleine couleur.
Il te faut deux minutes pour te transformer, pas plus.
Et c'est l'enfance de nouveau, colorée de lumière,
comme une minuscule petite île de sable et d'argile
enroulée en rond sur le ventre de la mer.
Mais le sais-tu toi-même ? L'île d'enfance, d'un seul coup, possède une réalité essentielle sous-jacente.
Il n'y a pas que la couleur dans les yeux, il y a l'esprit de l'enfant ; c'est-à-dire la transparence native d'une existence sincèrement métaphysique.
Le silence de l'instant
Ce que je vois ici, c'est l'expression de l'amour où refaire de l'intérieur l'itinéraire du silence de l'instant. Ou peut-être plus, peut-être plus ...
A-t-elle un nom cette arche du cœur qui ne sait pas encore qu'elle est le feu vivant qui est entré en ce dedans du corps ?
La grande question est posée.
Quelle est son issue ? Qu'est-ce que son utopie ?
Je ne saurai jamais si la peur de la liberté m'empêche d'écouter les étoiles qui pleurent.
Les regards de l'étoile déroutent mes regards et me mettent en dérive.
Et puis il y a aussi toutes les intuitions silencieuses de la réalité intemporelle, indéfinissable.
Les nuits de l'enfance lancent au monde bien rangé des grandes personnes
le dernier or des étoiles qu'il ne peut ou veut apercevoir.
Les nuits de l'enfance font l'irrigation de l'infini imaginaire humain.
Elles partent d'un trouble vertigineux pour atteindre plus de vérité sur l'autre rive.
J'opposerai mon amour de l'amour à l'échec de lumière d'une couleur isolée,
il en résultera une insurrection poétique dirigée contre la torpeur du monde phénoménal.
Le monde est une chair, une vie sensible mais il ne s'arrête pas ici et maintenant.
Le côté spirituel du monde est une mer toujours en voyage.
Ce monde nouménal, dont j'ai soudain pris conscience, est à reprendre dans l'eau amniotique du poème.
La surface et la profondeur ne s'opposent pas constamment.
Un dialogue s'établit. L'indéfini et le défini se réfléchissent, se correspondent.
Il y a un corps-à-corps incessant de l'infini et du fini.
L'union de l'éternité et de l'instant est sur toutes les lèvres.
Mais le paysage métaphysique disparaît, le regard extérieur n'est plus capable
d'inscrire les imaginaires pour les réunir.
Repartir d'où ? Repartir comment ?
J'ai cru percevoir une origine du monde dans la courbe de la rivière.
Et je me faisais celui qui glissais, qui plongeais au fond de tous les extrêmes émois de la chair.
Un trouble vertigineux, étonnement tendre et doux comme le visage de la femme,
irrigue les images et les imaginaires de mon nid solitaire, une heure avant l'aube.
J'ai mis ma bouche sur sa bouche, parce que tout a été fait pour mordre avec avidité,
pour plonger les lèvres et la gorge au plus profond.
Ce qu'il y a de plus important, de plus décisif, c'est le premier instant de la première rencontre.
Les jeunes filles cachent une étonnante surprise d'exister.
J'aime imaginer l'éclair silencieux de leurs yeux avant l'heure éblouie.
L'emmêlement des soleils noirs est suggéré plus que réalisé.
L'être féminin n'est pas seulement un être de nature, d'éléments : eau - lune - terre - nuit.
La part féminine de l'univers s'est aménagée une aire de rêve,
un espace de transition vers la lumière voisine.
Il n'y a pas un seul éclat de nuit qui soit faux,
tout ce qui se lit sur les lèvres du ventre est vrai.
Le silence de l'instant a retrouvé la respiration de l'amour
dans le jeu incertain des lumières et des ombres
Il - lui - l'homme - moi - je suis à partir d'une prairie vivante
à laquelle nulle expulsion violente désormais ne peut venir m'arracher.
S'extraire de la représentation
Lu sur un mur : L'univers est infini mais il ne l'est pas assez pour que je te trouve là où tu n'es pas.
Il existe des vagabonds sublimes qui ont mis toute leur obstination pour pouvoir faire leur chant-poème et qui offrent toute la voix de leur désespérance à la barque aussi blanche que noire de la poésie.
D'abord pourquoi veux- tu qu'il y ait un voyage utopien ?
De quoi veux- tu qu'il parle ?
Le mariage de l'idéal et de la contingence, ça ne marche jamais.
Ah les utopistes ! C'est dommage qu'ils ne sachent que rompre les amarres.
D'où cette volonté libre d'ouvrir l'œil et de tendre l'oreille aux chants de l'étoile
pour libérer l'imagination créatrice.
La rencontre de la mer et de la terre sur une plage
n'existe que dans le voyage initiatique d'un clochard céleste.
A celui-ci de courir le risque de rencontrer une rue Clotilde nue et froide dans les volutes de l'aube.
Je me réfugie rue de L'Estranade dans une lune d'ondes profondes appelée "marge",
pour y chercher abri près du mur des inscriptions.
Tout recommence dans le cri maternel d'une aube éternelle.
Je veux revoir le pays où nous nous sommes aimés d'enfance.
Mers et Murs-Miroirs
Le lieu du regard que je cherche et recherche dans la banalité du quotidien est un leurre.
D'abord pourquoi voudrais-je qu'il y ait un chant-poème ?
L'aile malveillante des yeux de la rue blesse les miens.
Tout lieu d'où l'on vient vise par définition un lieu où l'on va.
Un point c'est tout ?
"Je pense qu'il y a une police. Mais la loi doit être tellement étrange, que je renonce à me faire une idée des aventuriers d'ici." Arthur Rimbaud - Villes - Les Illuminations
Les lieux dont on ignore tout se perdent dans les espaces de la mémoire.
Et les parcours qui ne se sont jamais rencontrés mourront d'amour.
La solitude de l'enfance est créatrice de quelque chose de neuf qui n'a jamais existé, c'est la nature de son lien avec les choses. Aussi, j'ai pour l'île d'enfance, les yeux toujours en inquiétude d'horizons différents.
Car, il lui est possible de réveiller, de relever le couple ciel - mer, à partir d'un dédoublement : plus elle est confrontée à la zone de vent, du soleil et des étoiles, plus l'île de l'île enlevée, élevée, est Une du macrocosme au microcosme et elle est signe de l'invisible, étoile flamboyante d'un autre discernement dans tous les lieux.
L'apprentissage du Rêve se poursuit dans le désordre de l'amour.
La rencontre, pourquoi le couple ?
Pourquoi ? Parce que la violence d'amour a dans les yeux
une inquiétante étrangeté baignée de tendresse.
La communion avec les lumières les plus brillantes est grandissante,
quand les lumières les plus pâles établissent l'innocence des jambes, des bras, du cou.
Car il s'agit bien du monde nocturne mythique des rêves, dont il convient d'identifier
et d'authentifier dans chaque forme de parole la vie errante et traquée d'une forme de pensée.
Un seul voyage, pour combien de temps encore ? Dans une mer de vie, marquée par le temps, nous cheminons en pensée, en âme et en souffle d'esprit-chair. Que restera- t-il de ce visage d'enfant à la fin du parcours ?
Qui sommes-nous ? Et qui nous fait ?
Le point d'origine est-t-il une naissance ou une création ?
Le point de source devient lieu.
Toute île est en danger.
La dimension d'intériorité virevolte de la lumière du soleil à la surface du ciel et de celle-ci au mouvement harmonieux des astres. Des naufragés de l'espace cherchent sans doute une terre nouvelle, une aurore naissante. L'inconnu et le possible de nos promenades nocturnes, dans l'île des étoiles, éveillent en chacun de nous une saveur et un goût de l'aventure.
Mais j'aime trop les mots des fleurs dans les jardins arrosés de notre terre,
pour les sacrifier aux intelligences venues d'ailleurs.
Dans les visions de l'art, il y a une puissance de transformation. Peut-être une communauté réelle, peut-être l'alliance des hommes entre eux. Qui n'a rêvé d'une fraternité spirituelle, où chacun serait lui-même au centre de cette fratrie, sa propre liberté. L'homme artiste cherche sa vie parmi la vie des autres. En d'autres mots, l'arrachement à la solitude de l'univers par un simple regard.
Le chemin de lumière
Le dernier rayon du soleil réfracté à l'horizon a rêvé du vert.
Est-ce un vert de forêt ou de mer ?
Je lui arracherai son secret.
Je ne sais pas comment,
mais je sais quand : le souffle brûlant de l'écriture.
Derrière cette apparence d'être, il y a la trace d'autre chose.
La forêt est une découverte émerveillée comme la mer.
Je comprends mieux à présent pourquoi l'oracle du vert est un rite, une initiation.
Le cœur de la forêt est l'endroit où le vert féminin de l'aube paraît.
Il y a une signification plus profonde que l'apparence, c'est pour moi une certitude.
Il nous faut traquer les traces de l'invisible caché dans le visible.
Ici, l'eau fendue et là, les arbres profonds et sombres.
La nuit est emplie de dialogues silencieux qui n'ont pas encore trouvés ce qu'ils cherchaient.
Qui donc découvrira pourquoi l'harmonie s'écroule ?
L'équivalence mortelle cerne toutes les approches d'une rencontre.
Dieu merci le noir et le nu rendent sensibles l'infini.
Le noir de la page blanche pour rendre visible l'invisible.
Le nu de la page noire pour rendre le visible à son invisibilité.
L'émotion humide de la chair implique le renversement total de toutes les perspectives.
De la trajectoire du regard à l'abandon rapide vers ce moment de basculement des courbes libres
ou captives, il nous faut donner à l'instant inouï l'occasion de rencontrer le goût salin de la semence dans la coulée rouge et chaude.
Rue des Ecouffes, je suis pris au piège des premières pluies du petit matin.
Et je m'enfonce et disparais comme un noyé dans ce petit bistrot de la rue Mouffetard.
Je t'aime et aussi j'aime t'aimer.
La Forêt-Monde
Tandis qu'une planète, seule et perdue, assiste à la ronde inéluctable de ses débris spatiaux, le mythe nouveau se définit à la fois par ses prouesses en haute technologie et par sa proximité avec les éventuelles autres terres.
Un visage connu ou inconnu, le mien ou un autre, laisse errer son regard sur l'horizon nocturne.
Rue du Temple ... Rue de la Huchette ... Rue de la Verrerie ...
Les rues suivent leur course éperdue.
Ces rythmes et ces silences sont comme greffés sur la place de la Sorbonne et les images de paysage qu'ils ont laissé, deviennent une sorte de circuit entre les passants.
Des ombres menaçantes vivent aussi en nous.
Des cris d'effroi cinglent les consciences.
Le geste de désespoir du sculpteur n'a pas trouvé la voie du mouvement invisible des signes.
Il est pourtant celui qui assemble, qui métamorphose pour recevoir quelque chose,
un retour à l'intérieur de lui-même.
Ce monde de l'inquiétude, technicisé, suit dans leurs moindres mouvements nos propres rapports,
notre façon de parler notre voix avec lui.
Nous sommes pris, nous ne pouvons plus lui échapper.
Nous sommes les habitants de l'extérieur.
Quand donc sortirons-nous de l'aube enclavée ?
Nous sommes tombés dans cette planète inconnue
pour y dénicher le divin en nous et autour de nous.
Nous sommes des âmes en voyage.
Nous venons de très loin et nous voulons repartir.
Repartir d'où ? Et comment ?
La vie est un voyage à l'intérieur du corps.
Elle y mène plusieurs aventures de front.
Car nous avons vécu sans le visible.
Le corps a existé avant sa naissance en communion d'amour avec les mondes.
Je comprends mieux à présent pourquoi les formes en liberté sont les formes d'une nouvelle réalité.
La clarté nue des nuages et des soleils est intemporelle.
La surface et l'intérieur ne font plus qu'un !
Nuit céleste où se dessinent les jeux les plus magiques d'un moment d'éternité concrète.
Tout concourt à faire de chaque moment de vraie beauté un poème-voyage, un poème quête.
Les plans de lumière ensoleillent la pluralité du vivant.
Si la ferveur émotionnelle des mythes anciens est partout présente dans la nature,
c'est parce que la planète s'est confrontée au vent, au feu et à la pluie.
Je suis convaincu de l'existence d'une autre vie.
Son nom ? L'étoile-île.
Qu'il fait chaud dans l'infini bleu de ses grottes les plus reculées.
L'approche des chants d'innocence prend son point de départ dans un immense battement de cœur.
D'où la nostalgie des liens profonds. L'amour pour des mots comme mère mer matricielle.
MAUDITS
"C'est votre devoir dans la vie de sauver votre rêve."
"D'un œil, tu observes le monde extérieur, de l'autre, tu regardes au fond de toi-même."
Amedeo Modigliani
Les errances alcoolisées se comprennent et possèdent cette complicité
que seuls connaissent les fiancés de la nuit.
Les brumes du rêve sont face à eux, et non pas contre eux.
Traversée des instants et des espaces, illuminés un moment par les grandes aubes.
Rue du Point-du-Jour, chaque phrase d'une Saison en Enfer fait l'effet d'un coup de projecteur dans la nuit des derniers maudits. D'où viennent-ils, où vont-ils et derrière où sont-ils, qui sont-ils ?
Ils ont le visage nu de ceux qui cherchent où se cache l'invisible dans le visible.
Chacun cherche sa vie, y compris les passions les plus décriées.
Chacun invente son langage, parce qu'il est seul de son espèce avec son chemin,
son point de vue, sa vérité.
Il faut comprendre que le parcours dans l'homme est fait d'instants et d'espaces.
A partir de cet instant, quelque chose me dit qu'il n'y a pas un lieu de la rencontre,
mais plusieurs : toutes les faces, toutes les surfaces du regard sont possibles.
Ce qui fait que je ne sais plus vers où tourner mon regard, tellement l'intensité des silences déplace.
Je voulais de l'obscurité lumineuse : j'allais en avoir.
Et du rayon lumineux de la lumière noire.
Et de la flamme noire de l'écriture.
Plus le noir coule en bleu, plus il sublime à la lumière et plus l'indicible bleuté
touche les mers blanches de l'aube.
Quand la douceur des larmes a besoin d'un espace de la présence et d'un chemin de la parole, toute expression personnelle, par son élan créateur, se révèle unique, irremplaçable et libre.
L'essentiel a sa forme en dedans et l'apparent, en dehors.
D'où la nécessité absolue d'une communication quelconque
entre les deux lumières, entre les deux mondes.
Le mot, le corps, le monde sont encore sous l'influence
d'une impossible réunion à la visiteuse de lumière.
Les traces, la mémoire et l'absence sont de tous les temps mystiques de la poésie.
Et qui cela peut-il bien être, sinon la voix féminine d'un autre monde,
emportée au loin par les cris-écriture de l'éveil spirituel ?
L'amour de l'amour rend bien difficile l'entière destruction des voleurs de feu.
Je les aime, ces clochards célestes, ils m'ont fait pénétrer les nuits ouvrantes, comme on pénètre intérieurement le corps d'une femme si parfaitement libre d'étourdissantes formes inventées.
La terre nous regarde et le ciel nous écoute pour provoquer le réveil de nos forces d'imagination.
Chacun invente sa relation avec le cosmos, la terre et le rêve.
Bref, l'étoile d'où il vient et où quelqu'un l'attend.
Tel est le langage beau et noir de ce poème-source.
Dès la sortie du sexe maternel, le créé et l'incréé se réfléchissent, se correspondent.
Les bleus intérieurs doucement se fondent dans les bleus des îles.
Les verticales du feu épousent la ligne horizontale des eaux.
Le monde est une terre de rencontres.
L'immensité sans forme lance un pont sur le possible et le visible.
Le point du jour confiné au seul système solaire,
laisse derrière lui le couloir blanc de la nébuleuse originelle.
Pourtant elle est là, partout présente dans la nature,
qui rayonne en aurores et communique avec nous
par les feuilles des grands arbres dans un langage rêvé.
La vie secrète de la nature vient assurément d'au-delà des étoiles
et contenait déjà à l'état embryonnaire le souffle de l'aurore de vie.
Une forme de vie intelligente dans l'espace nous écoute peut-être.
Des oiseaux de papier font une échappée en enfance douce et libre vers les galaxies que j'imagine.
Surtout ne pas assassiner les rêves des enfants.
Le mystère de chacun dépend de sa naissance.
L'innocence et l'esprit d'enfance approchent au plus près l'énigme de la nature
Enfance est le nom d'un pays de la Terre pure.
Indiciblement
Près du canal Saint Martin, à Paris, j'ai décelé l'absolu d'une présence immensément bleue et nue comme une jeune mer, dont l'éclat extérieur le plus transparent éclairait l'ombre, jusque dans les recoins de ma mémoire.
Ce visage dans la brume du matin était d'une clarté telle, que la confusion légère des yeux de la rue consistait essentiellement à émaner la solitude de l'amour.
Cette passante n'était sans doute là que pour une démarche pressée.
Pourtant elle s'enveloppait dans un rêve et s'isolait du reste du monde.
L'inexploré est sur la terre
L'impénétrable est dans la vie
Tout était silencieusement pur
Quelle était belle l'heure du rêve
Quand l'étrange étrangère était seule à bord
Debout sur le pont et en allée avec la lumière
Et les formes noires
L'obscure plage incandescente de l'amour
est celle qui parviendra à n'habiter jamais
que ses sources opposées aux terreurs du ciel.
En toute femme, il faut voir la forme-signe du rêve.
Il y a de la clarté dans le regard, une étonnante fraîcheur dans le toucher
et aussi un frisson nouveau, parallèlement à la blancheur de la chair.
S'échapper. Choisir sous la surface un image d'elle.
Et revenir à chaque éclat de son regard, de son silence.
Refaire de l'intérieur l'itinéraire d'une nuit imaginaire
et d'une rivière de solitude miroitante et diaprée.
Se glisser dans la lumière de sa chambre.
Ecouter son cœur, ses yeux, sa vie profonde.
Ecouter d'où vient l'étoile vivante dans sa poitrine et où elle va.
Tout est symbole
Une île ne peint pas une couleur distincte de la mer céleste qui la conçoit,
même si elle est une lumière distincte de l'étoile qui l'illumine.
Le lieu de l'émergence est contenu dans la quête elle-même, c'est le chemin, la voie.
Tout en haut, le cordon ombilical se renoue peut-être dans la mort solarisée égyptienne,
qui multiplie par plusieurs millions les millions de soleils qui existaient déjà.
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